unenfantattend01A Child is waiting n'est peut-être pas le film le plus emblématique de son auteur, et c'est vrai qu'on n'attendait pas vraiment Cassavetes dans ce sujet-là ; les enfants ne semblent pas être les êtres que le gars aiment le plus filmer, sa filmographie étant plutôt remplie d'adultes mal grandis ou de corps vieillissants. Mais le fait est que ce film de commande est pourtant diablement émouvant, et que le goût de Cassavetes pour l'Humain dans toutes ses tares et ses beautés fait encore une fois merveille.

Le film se centre sur un enfant "retardé", dont les parents se débarrassent comme d'une tache mal assumée dans un centre spécialisé. Dirigé par un Lancaster tout en dignité, ce centre fait la part belle à ces mômes différents, en tentant de leur trouver une identité et une image de soi plus belle. Le scénario bluffe d'abord par sa grande intelligence théorique, par son regard très moderne sur ces petits handicapés, que Cassavetes regarde avec unenfantattend08un amour de chaque instant. A Child is waiting n'a de ce côté-là absolument pas vieilli, et étonne même par sa façon d'aborder la pédagogie de afçon aussi contemporaine. La rigueur du directeur du centre, alliée à un courage sans faille (un mélange de dureté et de tendresse vis-à-vis de chaque enfant, auquel il n'accorde jamais la moindre préférence), montre un engagement assez radical de la part des auteurs du film. Si Cassavetes se laisse aller à l'émotion pure parfois (la scène finale, qui devrait vous arracher sans problème une petite larme), on sent qu'il est également concerné par le côté "humanitaire" de ce qu'il a à raconter : comment gérer ces enfants retardés, comment leur faire une place, comment les aimer.

Le choix de ce cinéaste s'avère d'ailleurs plus subtil qu'il n'y paraît de prime abord : Cassavetes utilise en maître ses gros plans pleins de vie qui ont fait sa réputation, et charge son écran d'humanité, en montrant des rapports entre enfants (un match de foot filmé au taquet), ou entre adultes et enfants (une fête champêtre tout en énergie). Quant aux scènes entre adultes, elles sont chargées de cette fameuse unenfantattend03tension habituelle chez le maître : rapports conflictuels entre pédagogues, rapports angoissés entre parents (belles séquences de flash-backs très stylisées), rapports dominants entre parents et pédagogues. Cassavetes use avec parcimonie et puissance des effets, ici une contre-plongée ahurissante, ici un gros plan sur le visage de Judy Garland (d'ailleurs à la limite du fantastique dans son physique : on dirait une enfant au visage de vieillard, très étrange), là une scène filmée dans le cadre étroit d'une fenêtre. Quelques effets qui ne gâchent en rien la sobriété digne du film, et qui trouvent même parfois une subtile profondeur : le petit garçon qui regarde toujours Lancaster de bas en haut se retrouvera finalement à sa hauteur lors d'une plongée verticale dans un commissariat, qui met enfin l'homme et l'enfant au même niveau. Très jolie signature du producteur également (le grand Stanley Kramer) dans cette scène documentaire dans un centre pour adultes, qui donne au film une tournure frontale très réjouissante. A tous les niveaux, le film est beau de modestie et de calme : acteurs sobres et forts, émotion gérée au millimètre, construction harmonieuse du scénario, belle photo (notamment dans les scènes d'extérieur), intelligence des dialogues. Satisfaction totale.