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En terme de sexualité, on ne peut pas dire qu'Imamura s'embarrasse vraiment de quelconques tabous : il y a dans Le Pornographe au moins 342 idées qui seraient censurées dans un film américain de nos jours ; bon certes il pousse le bouchon un peu loin et il y a de quoi faire perdre le sommeil à tout bon vieux puritain.

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Subu vit chez une veuve que surveille d’un œil hagard une carpe qui serait la réincarnation de son feu-mari (rien que ça déjà, c’est bon, d’autant que plusieurs scènes sont filmés de son point de vue – quand la carpe s’oppose à un truc, elle saute de son bocal) ; son beau-fils Koichi souffre d’un petit problème Oedipien, venant de temps en temps rejoindre sa mère au lit - à 20 ans ça déconne ; sa belle-fille, elle, n’a que 15 ans mais c’est justement là où le bât blesse parce que notre ami pornographe se laisse entraîner avec elle sur une pente très savonneuse. Bon. Et pourtant Dieu sait que Subu ne pense pas à mal : il considère ces différents petits trafics pornographiques (il est dans tout : des films sur commande, des aphrodisiaques, des enregistrements, des photos, la totale) comme des bouées de sauvetage pour tous les pauvres quadra et quinqua en manque ; c’est vrai que le fait de tourner un film porno avec une jeune fille de 15 ans, mentalement retardée, avec dans le rôle du héros-violeur son vrai père, je comprends que cela fasse grincer des dents – mais Imamura traite son sujet avec un tel humour ultra-caustique qu’il parvient à faire passer la pilule (oui je sais c’est po moral, bonnes âmes). Tout comme cet homme qui lui commande une vierge car il en a marre depuis 40 ans d’être toujours le second – j’imagine bien un remake avec Poulidor.

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Le fait que le film soit en fait, dès le départ, la projection d’un film rend le spectateur à la fois complice du voyeurisme du pornographe mais aussi doublement spectateur-voyeur de ce « spectacle ». Chez Subu la perversion n’a que de peu de limite : son projet final, qu’il décide dans un éclat, est de fabriquer une femme robot, un projet qui va l’emmener aux confins du délire… Si le film a tendance à perdre beaucoup de son rythme dans la dernière demi-heure, on assiste malgré tout avant cela (en 66 qui plus est), à un véritable pavé dans la mare japonaise.