"Le meilleur film anglais depuis Trainspotting": voilà l'argument gavant qu'on nous sert depuis 10 ans sur la jaquette de chaque film anglais qui sort un peu du lot, et j'ose à peine savoir l'impact que cela peut avoir pour les gens qui n'aiment pas Trainspotting. Le film à mes yeux, lui arrive à la limite au niveau du genou.

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Nous voilà donc dans les années Thatcher, en 1983 pour être précis, quand l'Angleterre tentait de reconquérir vaillamment (...) les îles Malouines. Notre héros est un pauvre gamin dont le père a été tué dans la guerre pré-citée et qui va passer d'une bande à l'autre, l'autre étant celle d'une bande de skinheads. Des rites d'acceptation dans un groupe aux premières expériences amoureuses, le gamin grandit à vitesse grand V entre la violence, la connerie et l'affirmation de son identité. Il finit par cotoyer un personnage très trouble, à peine sorti de prison, qui oscille entre racisme, pétage de plomb et sensibilité à fleur de peau. Etrange personnage qui dans la structure du scénario semble vouloir symboliser les contradictions schizophréniques d'une nation entre rejet et peur de l'étranger, nationalisme à tout crin et tolérance dans une certaine mesure. Franchement, on a du mal à voir parfois où l'auteur veut en venir (le récit semblant en grande partie autobiographique) tant les discours et les passages sur le rejet des étrangers sont à la limite du supportable. Qu'il existe un certain fond xénophobe dans cette ancienne Grande puissance (oui c'est gratuit), on le conçoit même en étant Français sachant qu'un Le Pen a été au second tour d'une élection présidentielle ou plus récemment qu'un Hortefeux convoque les préfets qui n'ont pas leur quota d'expulsion de sans-papier. Mais on a malgré tout du mal à suivre ce personnage central qui ne cesse d'aller d'un extrême à l'autre, tabassant un mort un Jamaïquain avec lequel il fumait deux secondes avant à la cool un petit pétard. Qu'il personnifie un malaise et un manque de repère d'une époque, je veux bien, mais on a du mal à savoir jusqu'à quel point le réalisateur compatit avec son personnage central: essaie-t-il d'une certaine manière de le défendre, de le comprendre, de l'excuser...? De là vient sûrement le malaise que j'ai pu ressentir tout au long de ce film assez brut qui, tout en se voulant proche de la réalité, fait planer un doute sur son fond, ses réelles intentions.

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Le film sort en octobre en France, on verra les réactions que ce carton anglo-saxon suscite. Malgré l"intensité du jeu des acteurs (un peu too much même parfois), pas vraiment conquis personnellement (moins que les Malouines en tout cas)...   (Shang - 17/09/07)


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Bah personnellement je n'ai pas ressenti cette ambiguité de fond évoquée par mon copain Shang, mais je ressors de ce film avec la même impression de juste milieu. Pas grand-chose à dire de ce petit film, effectivement "meilleur film anglais de l'année", mais sans gloire, puisque le cinéma anglais est très mauvais depuis 50 ans. C'est comme si on disait que Subway est le meilleur film de Besson...

Pour revenir à This is England, on est dans le correct, le film affichant une sincérité et un attachement à ses personnages, plaisants à regarder. C'est médiocre niveau acteurs (effectivement too much), dans la musique (Clayderman à la musique originale, et des disques punks sympas pour le reste), dans la photo (immonde, mais justifiée par la crasse de ces années Thatcher), bref c'est médiocre un peu 18750159_w434_h_q80partout. La seule originalité est que pour une fois, on évite, alors que le sujet est l'endoctrinement d'un gamin dans les skinheads, de nous montrer l'hyper-violence (sauf sur une scène), les mecs qui se fritent dans les stades ou les saluts nazis. Meadows préfère se concentrer sur les rapports de ses personnages, attachants malgré leurs idées nauséabondes, mais sans que cela débouche sur une quelconque ambiguité à mon avis : il ne pardonne pas à son personnage trouble ses discours ou ses agissements, mais ne le montre pas non plus d'un seul bloc ; comme tout être humain, il a ses amours, ses frustrations, ses contradictions, et est finalement crédible grâce à ça. On apprend deux-trois trucs sur les skinheads, notamment leur attchement à la musique noire américaine. Et puis voilà : pour le reste, on est bien dans le cinéma anglais, sans épines, confortable et bien sage dans ses combats.   (Gols - 29/10/07)