Parmi nos amis tchécoslovaques partis au XIXème s. en Roumanie pour trouver l'Eldorado (rires), certains ont été redéplacés, de force, en 1947 pour peupler quelques villages dans les Sudettes. Bon ben c'est pas mieux, je me demande même s'il n'y a pas plus de boue. Le film commence par une interview dans le village sur le gars Jakub qui avait fait le voyage; ça commence bien, personne se rappelle quand il est mort (entre 2 et 10 ans) et on se dit que c'est un peu comme cette population oubliée au milieu de nulle part et dont peut-être personne ne se souviendra lorsqu'elle aura complètement disparu... Exilés, re-exilés, victimes des guerres, certains se battant contre leur propre demi-frère, l'un dans l'armée hongroise, l'autre dans l'armée russe (c'est super complexe ce coin hein?), ils finissent un peu par se demander quelle est leur véritable patrie. La plupart n'a jamais appris à lire et à écrire - et chante même horriblement avec une ou deux dents - et Sevcikova a le don pour filmer ces visages silencieux, faisant à peine tournoyer sa caméra en d'étranges trajectoires: certaines tronches (une véritable collection) semblent sortir tout droit d'un film de Lynch. Le regard des enfants reste lui tarkovskien et les multiples plans en rase-motte sur les divers cimetières de finir par nous projeter dans ce monde trouble d'un autre temps (et cela date d'il y a moins de 20 ans, brrrr...). Sur la personnalité du pauvre Jakub personne n'est vraiment d'accord si ce n'est qu'il picolait sec et semblait être resté traumatisé par la guerre. Un docu aux portes de l'Europe, dans une partie du monde où le tourisme semble avoir du mal à s'imposer. Etrange et pénétrant comme disait l'autre.