Après une ou deux parenthèses, je poursuis ma course effrenée vers l'intégrale de Bouddha dans l'ordre chronologique. Et puis quand j'aurai fini, je recommencerais au début, et ce jusqu'à ce que la mort, dans son pâle manteau de froid, n'emporte mon âme dans les limbes mystérieuses.

stagefrightStage Fright, donc, qui ne m'avait pas laissé de bons souvenirs à mes 317 premières visions. Tout y est pour faire un grand film d'Hitchcock : quelques trucs techniques réjouissants (une transparence pourrie qui permet de faire le point sur Dietrich au premier plan en même temps que sur l'arrière plan, et qui, je l'espère, a valu au responsable des effets visuels un licenciement avec humiliation ; un flash-back mensonger, le premier de l'histoire du cinéma (Bon Voyage, le Hitch le plus proche de celui-là, n'utilisait que le flash-back parcellaire, je me comprends); un système de lumière que j'ai vu comme un hommage à Sternberg par l'intermédiaire de Dietrich,...), une histoire invraisemblable mais qui tient méchamment la route; des dialogues au cordeau, l'école anglaise, grande classe, humour nickel ; une mise en abîme sur les rôles, les apparences, le théâtre, le mensonge, la catharsis (là, quand même, thank you Shakespeare); des beaux décors avec des tas de grues disposées partout pour faire des travellings vertigineux à la Notorious (on les voit pas, les grues, hein)...

D'où vient, alors, que ce truc ne marche pas, comme dirait Dédé ? La responsabilité première, c'est Jane Wyman, qui est, il faut bien le dire, catastrophique. En plus, c'est le sosie de Mireille Matthieu. Bouddha a beau faire des gros plans sur ses cheveux, elle n'est pas hitchcockienne pour 5 penny. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, elle est nulle. J'ai mis sa photo là pour que vous l'imaginiez avec une ardoise et des wymannuméros, comme dans les commissariats, c'est tout ce qu'elle mérite. Ensuite, on sent une trop grande désinvolture dans l'ensemble, un manque de sérieux illustré par le personnage du père, qui semble ne pas y croire une seconde. Hitchcock bâcle, et ça, si je l'avais en face de moi, je lui péterais une jambe. Trop de scènes ratées : le final, ridicule; la scène de chanson de Dietrich, qui nous fait bénir le ciel que Hitch n'ait jamais pu réaliser de comédie musicale; le long dialogue avec le père, embarrassé (ça rappelle Lifeboat : "mais qu'est-ce que je peux bien filmer là-dedans ?"), un méchant pas attachant et pas méchant (rendez-nous James Mason dans North by Northwest, ou ce type génial dans The 39 Steps); un détective pâlot; jamais de notion de danger... Et puis, grosse erreur, qui ne se reproduira plus dans la carrière de Bouddha : on est en retard sur l'action, on est floués jusqu'aux deux dernières minutes, et... j'ai les larmes aux yeux, mais... je lui en veux de me faire ça.

Un petit Bouddha, donc, même s'il y a plus d'idées dans le moindre plan que dans l'intégrale de Besson.

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