bonvoyage2Court-métrage de propagande commandé à Hitch pour soutenir l'effort de Résistance français, Bon Voyage n'en reste pas moins un magnifique exercice de mise en scène, et une réflexion assez troublante sur le pouvoir de la subjectivité. Partagé en deux parties égales, le film présente dans un premier temps un évènement vu par un jeune soldat écossais, en flash-back, puis le même évènement raconté par un officier français, qui met en lumière tout ce que le premier récit avait occulté. C'est le même principe, 16 ans avant, que Incident at the Corner, le court-métrage (raté) de Bouddha pour la télé, et le même aussi que Rear Window ou Vertigo : la réalité est subjective, et le cinéma a ceci de troublant qu'il est porteur "en lui-même" de la vérité, il ne peut mentir. Belle réflexion, qui trouve ici un magnifique déploiement. En prolongeabonvoyage1nt dans la deuxième partie les plans de la première, en leur donnant une suite, en réorganisant son montage, Hitch prouve que tout est question de construction, et qu'un plan, pour peu qu'il soit poussé jusqu'à sa fin, peut démentir ce qu'on croyait être vrai... peut donc mentir, si vous me suivez. Tout est affaire de regard, c'est pas nouveau chez Hitch.

C'est ainsi qu'une sombre histoire de codes secrets entre Résistants dans un train peut se transformer en machination organisée par la Gestapo ; c'est ainsi qu'une scène d'adieux entre une jeune fermière et le héros peut se transformer en un meurtre de sang-froid. Il suffit de prolonger le plan. Bien sûr, il est évident que Bouddha est un peu empêtré dans sa direction d'acteurs (qui jouent en français, langue que n'a pas l'air de maîtriser le bougre), et que ses dialogues sont trop asservis au vibrant message d'espoir forcé par la commande (belle dernière phrase tout de mBON_20VOYAGEême : "Il y aura un jour, sous l'Arc de Triomphe, la tombe du Civil Inconnu"). Mais le maître parvient tout de même à servir quelques magnifiques plans, comme ce meurtre filmé en très gros plan, où les sons, l'image, le sens de la trame et le suspense se mêlent en un seul mouvement, d'ailleurs d'une simplicité totale. Ou comme cet autre meurtre (le film est décidément assez violent) dans une sombre cave, sec et rapide. Bon Voyage est donc à classer dans les bons Hitchcock, définitivement.

 

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