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21 septembre 2021

Le Dingue du Palace (The Bellboy) de Jerry Lewis - 1960

bellboy

Je dois me faire vieux, car Jerry Lewis gagne peu à peu du galon dans mes goûts, chose inimaginable dont je ne me serais jamais douté il y a même 10 ans. En tout cas, avec ce premier long, il fait preuve d'une décontraction et d'un sens de l'épure qui lui font plus qu'honneur. Il y a quelque chose du retour à l'essentiel du comique dans ce machin mal troussé, éclectique, sans scénario, inégal et rigolo comme tout, une sorte d'esprit "à la Tati" qui impressionne vraiment aujourd’hui. Oui, je sais, les pitreries et festivals de mimiques du garçon ne sont pas ce qu'on a inventé de plus finaud dans l'histoire de la comédie ; je sais aussi que la plupart des gags sont très attendus, patauds, et ne vous demanderont guère plus qu'un neurone ou deux pour vous faire rire grassement. Difficile même de résumer l'intrigue, tant elle est lâche et quasi-inexistante. Disons qu'il s'agit des petits faits et gestes, la plupart du temps catastrophiques, d'un garçon d'hôtel maladroit engagé dans un palace. C'est notre Jerry qui s'y colle, on sent bien qu'il n'y a pas de discussion possible quant à l'octroi du premier rôle, et tout tourne autour de lui, bien entendu : il est de tous les plans, il est la base de tous les gags, il est même le seul à être vraiment drôle là-dedans (si on excepte un étrange sosie de Stan Laurel, qui a droit à un ou deux gags lui aussi), tous les autres étant condamnés à mettre en valeur son génie comique et à servir de clowns blancs. L'occasion donc pour Jerry de se livrer à un catalogue de sketches qu'on sent rodés sur les scènes de music-hall et immortalisés ici pour la caméra. Le garçon tient même, dans une introduction assez pathétique, à prévenir le public : ne cherchez pas la cohésion, c'est juste l'histoire d'un dingue. A ce titre là, c'est la porte ouverte, et c'est vrai que chaque séquence est comme un numéro différent pour Lewis : le gag à la piscine, celui dans l'ascenseur, celui chez les jolies filles, celui avec les téléphones, ... Certains sont pas mal du tout, d'autres sont un peu gênants par leur manque de rythme, ou le grand barnum déployé pour un tout petit effet.

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Mais peu importe. Le vrai talent du film est moins dans son humour, franchement potache et pas toujours très fin, que dans sa mise en scène. De ce côté, la satisfaction est totale, et la surprise grande  : Jerry Lewis sait parfaitement cadrer ses scènes pour leur faire dégorger ce qu'elles ont de plus absurde, rejoignant ainsi, donc, Tati, qui savait comme nul autre doper un gag grâce à son décor. Ici, c'est par exemple ce plan très beau (et superbement rythmé) montrant une immense salle vide, que Jerry est chargé de remplir de chaises : filmé comme un intérieur de Kafka, ou comme un plateau de Peter Brook, ce lieu vide sert au metteur en scène à tracer des lignes géométriques, et à occuper l'espace avec sa seule silhouette d'une façon magistrale ; et la chaise qu'il place au milieu de cet espace vide apparaît alors comme l'élément perturbateur de cette espèce d'ordre parfait. Il y a comme ça des inspirations assez géniales, dont on ne sait pas trop si elles sont le fruit d'une profonde inspiration de Lewis (qui a l'air de ne vouloir faire que bidonner son public) ou celui d'un instinct très juste. Le gars ose des plans vraiment extraordinaires, comme cette magnifique profondeur de champ sur une pièce envahie de mannequins, notre héros en très gros plan au milieu, et sa main qui vient occulter l'objectif pour cacher ce qui va suivre ; ou cette idée de mise en abîme assez insensée : l'hôtel où travaille notre brave garçon accueille... Jerry Lewis (dans une auto-critique marrante), d'où moult quiproquos. Belle idée aussi d'avoir rendu le personnage muet : ça lui permet de laisser son talent de grimaces se développer pleinement, et de faire entrer le film dans la catégorie des splasticks burlesques, peu à la mode en ce temps-là. C'est dingue mais je n'ai que du bien à dire de The Bellboy, qui m'a par ailleurs très souvent fait bien marrer au premier degré. Pour changer de Tarkovski, voilà un excellent conseil.

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Commentaires
I
Je suis une admiratrice inconditionnelle de son génie. ;)
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