Canalblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Shangols
REALISATEURS
GODARD Jean-Luc 1 2
OPHÜLS Marcel
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
21 septembre 2021

Aspen de Frederick Wiseman - 1991

Sans titre

Après son tour à Central Park, Wiseman écarte son horizon et part planter sa caméra à Aspen, station de ski pour bourgeois satisfaits et croyants, histoire de se mettre un peu de vastes paysages et de doudounes Coco Chanel sous la dent. Il en ramène ce film qui n'est pas son meilleur, certes, mais qui comporte quand même un fond caustique auquel le maître ne nous avait guère habitués, lui qui aime plutôt tenter l'objectivité d'habitude (tout en suggérant sans dire, on est d'accord). Aspen a cette particularité, visiblement, d'être une ancienne ville minière devenue depuis le paradis des bobos et le parangon de notre bonne vieille société de consommation. Wiseman ne se prive pas de mettre cette transformation en valeur : son film, qui évacue en deux minutes le passé de la ville (un petit tour chez les derniers mineurs, et retour aux pentes enneigées), montre en longues séquences l'arrivée et la main-mise sur le coin du riche Américain blanc, avec ses préoccupations (chirurgie esthétique, peinture, prières fiévreuses et débats littéraires), ses loisirs (le ski, les dîners mondains, les fêtes), sa nature (ces silhouettes pathétiques sur fond de vastes montagnes écrasantes : toute la petitesse humaine en un seul plan).

unnamed

C'est non sans une ironie mordante mais discrète que Wiseman, en véritable homme de gauche, montre ce microcosme de nantis propres sur eux occuper son temps : la vacuité de tous ces séminaires, conférences, cours, ateliers, menés par des personnages verbeux et satisfaits, suffirait à montrer combien cette société dégoûte le cinéaste, le fait rire autant qu'elle le fout en rogne. Il y a quelques séquences qui valent leur poids de crachats à la gueule : un cours de peinture effarant de prétention, qui se conclue par l'applaudissement à deux mains d'une retentissante croûte ; une conversation entre deux bourges sur les mérites comparés de la beauté d'Hermann Göring ; un débat philosophico-ésotérique allumé sur notre appartenance à un Tout ; un atelier littérature consacré à Flaubert où s'enfilent les perles ; une expo de toiles hyper-réalistes représentant des produits de consommation (le bourge contemplant des produits de bourge) ; ou encore un sermon édifiant d'un prêtre de pacotille sur les meilleurs endroits pour trouver Dieu (peu de chances dans un embouteillage, mais face à la montagne, là, oui). Si vous ajoutez à cela ces petites séquences taquines dans les grands magasins de vêtements de luxe (avec cette affiche "Esprit", qui trône dans un coin) ou au cœur de ces fêtes de fou-fous (où on rit, mais on rit), vous comprendrez que le regard de Wiseman est plus rageur qu'à son ordinaire. Il est à peine compensé par ces plans très beaux sur la montagne dans sa vastitude, qui sont comme des sas d'air pur au milieu de la vanité humaine. Ceci dit, le film se perd souvent aussi, et n'a peut-être pas trouvé cette fois-ci un sujet assez solide pour tenir sur la longueur : c'est comme si Wiseman errait de lieux en lieux sans vraiment arriver à trouver le vrai thème de son film, comme si ce qu'il filme à Aspen aurait tout aussi bien pu se trouver ailleurs. Comme quarante séquences isolées mises ensemble, et qui auraient un peu de mal à faire un long métrage cohérent. Un certain manque d'ambition et de projet pour ce film, qui reste tout à fait agréable et intelligent.

MV5BZTkyMWFiOTgtMWM4Yy00NGRiLTgxOTEtYTEyMjQ3NzRiODUxXkEyXkFqcGdeQXVyNjA1MzE4Njc@

tout Wiseman : clique

Commentaires
M
En vous relisant, je m'aperçois que j'ai répété une partie de ce que vous écrivez, notamment sur le cinéaste qui s'égare et peine à trouver "le vrai thème de son film".<br /> <br /> <br /> <br /> N'hésitez donc pas à trancher dans mon commentaire. Ca rendra service aux éventuels lecteurs. Vous pourriez aussi corriger les fautes d'orthographe et de frappe. Vous n'êtes pas là pour faire le ménage ? Vous trouvez que j'exagère ? Possible, mes tout bô.
Répondre
M
"Aspen", parce que c'est le titre et qu'on voit le nom plusieurs fois dans le film d'ac, mes bô. D'accord aussi pour les pistes de ski, la neige, les montagnes, les bourgeois attablés dehors, ceux qui dansent dans la neige, les magasins de vêtements d'hiver, les maisons dans la neige, en bref pour toutes les scènes d'extérieur, qui pourraient aussi bien représenter Chamonix, Morzine, Avoriaz ou un grande station de ski huppée ou une plus petite, parce qu'une journée à la neige, ça coûte bonbon.<br /> <br /> <br /> <br /> Mais Wiseman filme surtout des scènes d'intérieur qui ne se distinguent pas de n'importe quel autre endroit plus ou moins rupin d'Amérique. Friqués, ridicule et prétentieux, la galerie d'"art" et le "cours" de dessin, oui. Friqués, la famille qui fête l'anniversaire de mariage et ces gens qui déblatèrent sur Flaubert ? Moins que d'autres, plus que les clodos ou les mineurs.<br /> <br /> <br /> <br /> Et les ouvriers, les pisteurs, les serveurs dans les restau, les balayeurs, tous ceux qui gagnent difficilement leur vie, où sont-ils ? J'ai attendu vainement qu'on leur accorde la parole, qu'on montre bien la face cachée, moins glorieuse mais indispensable au fonctionnement de cette industrie du luxe. On les voit en passant, guère moins que le latino qui n'en dit pas des masses, que j'aurais aimé écouté.<br /> <br /> <br /> <br /> Frédérick Wiseman montre à peine la montagne et la station de ski hors saison touristique. Dommage de ne pas exposer le bétonnage ou les télésièges dans un paysage plutôt pelé et enlaidi.<br /> <br /> <br /> <br /> Cela dit, pris tout seul, c'est un documentaire du grand Fred plutôt moyen, mais déjà joliment critique des richards (et) du monde occidental. Pris dans l'ensemble de l'oeuvre, là, oui, ça devient intéressant.<br /> <br /> <br /> <br /> Petit ajout : la scène entre le charlatan et son "malade" aurait mérité de figurer à part, dans un documentaire sur les différentes formes d'arnaques, bien que le sujet ne soit certainement pas le dada du cinéaste.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> P. S. L'ironie, je la vois, mais la rage...
Répondre
Derniers commentaires
Cycles
Cycle Collection Criterion 1 2 3 4 5 6 7
Cycle Cinéma Japonais 1 2 3 4 5 6 7
Cycle Festival de Cannes 1 2
Cycle Western 1 2 3
 
 
Best of : 60's     70's      80's      90's      00's      10's
 
Ecrivains