LIVRE : Hôtel international de Rachel Vanier - 2015
Certes, je dois reconnaître une certaine accointance avec le big boss de ces éditions Intervalles, éditions que je n'ai pourtant jusqu'alors que rarement fréquentées. Cela devrait me porter à une certaine indulgence. Eh bien non, cet Hôtel international qui nous invite à suivre les pas d'une petite jeunette parisienne exilée volontaire au Cambodge est une purge... Oui, c'est un peu dur, je vous l'accorde mais aussi bien dans le ton (des phrases et des dialogues niveau rédac de troisième) que dans le fond (c'est trop l'horreur ces troupeaux de touristes et de profiteurs qui viennent salir ce pays si pauvre - je suis lucide, moi, heureusement), on rit plus souvent qu'à son tour devant ces tournures et ces pensées de midinette qui se voudraient si pertinentes et originales. Pauvre Madelon qui, suite au suicide de son père, décide, sur un coup de tête, de partir à des milliers de kilomèt(r)es (ça rime mieux). Elle veut trop pas affronter la réalité et se confronter à elle-même, dans ce pays au passé pas rigolo (ce génocide, tout de même, pas une mince affaire) ; elle ne trouve rien de mieux, suite à une rencontre de hasard, que de s'attaquer à la mise en place d'un défilé de mode. Elle va souffrir la pauvrette, entre cuite aux mojitos et boîtes bourrées de putes, mais elle aura aussi ses moments de gloire (rien de mieux que de se faire sauter par un bon ricain et de se balader dans la jungle pour se reconnecter au monde). Elle pourrait, avec un peu de recul, jouer aux observatrices caustiques, on se dit, mais que nenni, elle se prend affreusement au sérieux, n'hésitant pas y aller de ses petits commentaires un rien autocentrés et terriblement pathétiques sur la cuture locale (ils sont souriants, mais putain, ont pas le sens de l'organisation, hein, eheh - mon dieu, la colonisation n'en finira jamais). Quand elle verse dans l'analyse politique, on se dit que l'éducation française est tout de même tombée bien bas pour assumer de tels nouveaux penseurs - comment peut-on avec un tel sérieux juger en quelques mois toute l'Histoire d'un peuple ? J'en reste baba. Ben elle, elle ose... Alors oui, elle voit bien que l'Européen continue de profiter comme un porc de ces pays où les filles comme l'alcool sont données ; elle-même, d'ailleurs, eh oui, elle-même elle passe du bon temps ; mais noie aussi son chagrin ; se perd, oui, mais sans doute pour mieux se retrouver - sans doute... Bon allez, fi, j'arrête de vann(i)er. C'est pauvre, petit, plat.