Voyage à Tokyo (Tokyo monogatari) de Yasujiro Ozu - 1953
Chaque fois que je vois un Ozu, je me dis : "C'est son meilleur film, il n'arrivera jamais plus à une telle beauté, une telle pureté, Hosannah pour les siècles des siècles". Je finis par me dire que TOUS les Ozu sont des pures merveilles, et je crois que c'est pas loin de la vérité.
Voyage à Tokyo est donc une pure merveille, son meilleur film, il n'arrivera jamais plus à une telle beauté, une telle pureté, et j'ajoute : Hosannah pour les siècles des siècles. Comme toujours, il ne s'y passe absolument rien d'évènementiel, c'est juste la vie qui passe, une vie amère et douce en même temps. Un vieux couple se rend à Tokyo pour rendre visite à leurs enfants. Ils deviennent assez vite un fardeau pour ceux-ci, qui font tout pour les éloigner. Quand la petite vieille meurt, les jeunots se rendent compte de la briéveté de la vie en même temps que de leur amour pour leurs parents. C'est fulgurant d'émotion, fragile comme une toute petite chose, ça tient à 3 fois rien, à rien de concret en tout cas. C'est beau comme un haïkaï, et ça vous installe en tête une petite mélodie triste à mourir qui ne vous quitte plus.
Et tout ça sans dogme, sans théorie mirobolante. Ozu met sa caméra face aux personnages et filme, point
barre. Pas de discours, pas d'esbrouffe, pas de symbolique à la con, pas de revendication esthétique particulère. Ozu est le plus grand. Les derniers plans (un train qui file / une montre / un vieillard seul / un bateau qui traverse le fleuve / corne de brume / the end) sont ce qu'il a fait de plus beau. Il y a un mystère inatteignable dans les films du maître, quelque chose qui se refuse à toute interprétation, une magie, un don, qui laissent sur le cul. La question se pose : comment se fait-il que personne n'ait réussi, depuis la mort d'Ozu, à retrouver cette sobriété bouleversante dont il reste le seul auteur ?
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