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Voyage au Caire, le retour : après le punchy Le Caire Confidentiel, Tarik Saleh replonge dans les mystères de la ville égyptienne, et en ressort avec un film assez opposé au précédent. Beaucoup moins agité, presque statique parfois, La Conspiration du Caire repose sur les tactiques en sous-main et les complots secrets qu’ourdissent cheiks et imams pour prendre le pouvoir, dans la plus grande université sunnite du pays. Il faut s'intéresser à la chose pour suivre correctement tous ces petits détails tactiques mis en place et discutés dans le secret de bureaux ouatés, de couloirs dérobés et de bistrots enfumés pour mettre en place une nouvelle autorité religieuse. Vous l'aurez compris, je suis de ceux qui ne se passionnent guère pour le sujet, et je suis resté un peu à côté du film, qui m'a paru mollasson et sans tension. Mais nonobstant, admirons tout de même le grand sérieux avec lequel Saleh filme ça, rendant de longues discussions politiques intéressantes sans avoir besoin de les doper par de l'action. Il y a un côté film d'espionnage là-dedans, avec ses infiltrés et ses agents doubles, ce qui peut être agréable, surtout dans ce contexte religieux hyper-secret et fermé de toutes parts.

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A peine arrivé dans la glorieuse université al-Azhar, le jeune Adam assiste au décès du vieux Grand Imam. Il faut remplacer le bougre, et dès lors, y a plus de Allah qui tienne, la guerre est ouverte en sous-main entre hauts responsables : nommera-t-on le démocrate ou le radical ? verra-t-on une ouverture au monde ou un repli sur soi ? Adam, naïf et soumis, est engagé pour espionner ses camarades proches des Frères Musulmans pour éviter que leur candidat se voit élu. Il doit par ailleurs élucider une enquête épineuse : qui a tué son ami Zizo, infiltré comme lui dans ce réseau secret ? Aux ordres d'un responsable de la sureté d’État, qui le guide secrètement, et qui va développer envers lui des sentiments de plus en plus filiaux, Adam parviendra-t-il à lui seul à renverser le cours des choses et faire élire l'imam choisi par l’État ? En gros, c'est ça, mais il y a aussi 10000 petits événements qui occupent les 2h de métrage, parfois avec intensité, parfois avec un peu d'ennui.

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On reconnaît la grade intelligence de Saleh, qui parvient à nous intéresser à sa complexe histoire de pouvoir et de religion, sans en faire trop. La trame est fluide (prix du scénario à Cannes, ce qui semble quand même un brin exagéré), on suit cette histoire avec intérêt, on frémit même souvent pour notre jeune ami qui prend de plus en plus de risques face à ces patibulaires cheiks, on admire son courage et son intelligence. L'acteur est parfait, et l'intelligence de Saleh est de savoir nous mettre exactement à sa place, nous faisant découvrir en même temps que lui les secrets de cette institution fermée et opaque. On n'a que peu l'occasion de pénétrer dans un tel lieu, ici on en profite en plein, et le cinéaste rend parfaitement les minuscules rouages du pouvoir qui s'y déroulent, faisant de cette université une image du pays dans son entier, aux mains des islamistes et des corrompus. Mais on piaffe un peu aussi en attendant que le film trouve sa nervosité, on reste un peu frustré de voir le cinéaste si nerveux et ambitieux auparavant se contenter de longs dialogues sans jamais envoyer un peu de suspense. De temps en temps, c'est vrai, son regard s'allume un peu à filmer ces hommes emmurés dans le silence, complètement enterré sous les conventions religieuses, ourdissant dans l'ombre de noirs desseins ; et il rend très bien l'absurdité d'être à la fois le gardien d'une religion et l'agent du meurtre, de l'escroquerie, de la vénalité, de la soif de pouvoir. Mais malheureusement, cette indéniable intelligence est trop étouffée dans une forme qui semble aussi rigide que son contexte, qui rit quand elle se brûle et oublie le spectacle.

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