vlcsnap-2022-11-27-18h06m03s663

C'est à un sujet pour le moins ardu que s'attaque l'ami Dhont : on a là, au départ, deux amis, ados, close, très close, qui éprouvent, dirions-nous, cette amitié particulière comme il peut exister entre deux jeunes garçons ; point de sexualité entre ces deux frères inséparables, juste pour l'heure de la tendresse qui ne passe pas certes inaperçue auprès de leurs camarades de collège... Et puis il y a de petites tensions, qui naissent, parce que c'est aussi le temps où il faut parfois chercher à un peu plus s'affirmer, personnellement, parce qu'il y a aussi ce regard des autres, qui pèse parfois un peu et dont on cherche à s'affranchir... L'un des deux gamins est assez curieux, veut connaître d'autres terrains de jeu (comme le hockey), l'autre est un grand sensible qui peine visiblement à supporter ces petites infidélités... Et puis survient un drame, et face à ce drame, terrible, il va falloir essayer, pour l’entourage, de ne pas sombrer, et d'en assumer, éventuellement, toutes les causes comme les conséquences... Oui, non, pas la peine d'en dire beaucoup plus.

vlcsnap-2022-11-27-18h06m25s552

On sent chez Dhont, tout comme chez Sciamma, cette même capacité à mettre en lumière ses personnages, ces adolescents surtout, à les diriger avec une grande subtilité et à les faire paraître magnifiquement naturels... Le film, pourtant, étrangement, à sa sortie, s'est un peu fait descendre par une partie de la critique qui le trouva, dans son symbolisme, par trop simpliste... Il est évident que lorsque l'on veut évoquer le développement de la virilité, les coups de la vie, le hockey sur glace convient mieux que le tennis de table... De même, pour montrer une certaine innocence, une course dans un champ de fleurs est plus parlante qu'une virée dans un champ de ronce. Dhont, certes, ne cherche pas la complexité, et filme (magnifiquement, disons-le quand même : ces mouvements tournicotant sur la glace ou ces travellings sur ces gamins courant ou faisant du vélo sont de toute beauté) ces personnages avec une certaine candeur parmi les fleurs et avec une certaine violence quand l'un d'eux patine... Bon. Mais au delà de cette petite facilité dans le choix de ces décors et du sens dont ils sont porteurs, l'essentiel est forcément ailleurs et réside surtout dans cette capacité à filmer ces gamins à fleur de peur, à capter chacun de leur regard (qu'il exprime le doute, l'incompréhension, l'effondrement, la colère...), le tout avec un véracité terrible ; tout comme d'ailleurs, évoquons-le au passage, le cinéaste parvient à rendre très touchant, très juste le rôle interprété par Emilie Dequenne - dans ses silences, comme dans ses phrases susurrées, comme suspendues. Oui le sujet est mélodramatique à souhait mais Dhont réussit par le dépeindre par petites touches et par donner une signification profonde à chacune des larmes versées. Sur un sujet éminemment casse-gueule, il parvient à rendre une copie toute en sensibilité où chaque attitude, chaque mouvement des acteurs est soigneusement dirigé et pesé. Les critiques pour qui il faut apparemment des métaphores qu'ils seront forcément les seuls à percer peuvent donc aller se rhabiller. Une belle histoire triste à mourir mais traitée avec une sensibilité digne et fragile. Dhont acte.

vlcsnap-2022-11-27-18h37m12s594