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C'est l'un des plus grands directeurs de la photo, James Wong Howe, qui illumine ce western(-like) crépusculaire, et c'est franchement un plaisir, sur une petite musique à l'os de Bernstein, de voyager dans cette œuvre où la tristesse finit par prendre le pas sur la rage, les éclairs d'espoir, les illusions. Hud, c'est Paul Newman, un type pas forcément plus sauvage que les autres (même s'il saute les femmes mariées avec un petit rictus de joie), mais définitivement égoïste. On sent que le type, pas franchement sympathique d'ailleurs malgré son charme éternel, ne suit que ses moindres désirs, fuit en avant, notamment lorsqu'il est sous influence de l'alcool ; se bastonner pour le fun, séduire pour le fun et vomir pour le fun ; voilà un peu quel est son programme journalier... Pour sa défense ? Avouons que son pater (le renfrogné et grognon Melvyn Douglas, plus de la première jeunesse) le traite comme une merde et qu'il fait plutôt figure, au sein de la famille (ou du moins ce qu’il en reste) de mal-aimé... Parce qu'il est responsable de la mort de son frère ou parce qu'il n'a jamais pensé qu'à lui ? Questions qui se posent en effet tout du long et des réponses qui tardent à venir. Pour épauler le Paul, il faut noter la présence de la femme à tout faire de la maison (Patricia Neal, un vrai petit quelque chose en plus) et son neveu le naïf mais volontaire (et plein d'empathie) Lon (Brandon De Wilde, acteur abonné aux séries et qui a pourtant un vrai potentiel : sa jeunesse en tout cas ici rayonne face à Newman - très bon faire-valoir). On suit tout ce petit monde qui traine un peu son ennui dans ce territoire de cow-boys qui semble daté d'un autre âge. Le coup de poignard dans le dos vient de la fièvre aphteuse qui semble vouloir toucher tout le troupeau du père (une vie de travail putain). Autant dire que ce serait la fin de toute l'exploitation, la fin de la raison de vivre du pater, la fin d'une époque, quoi...

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Dès les premières images, les premiers cadres, on touche du doigt cette atmosphère de bout du monde (ce magnifique plan avec les vautours au premier plan sur un arbre... tellement signifiant d’ailleurs par la suite : Paul attend-il son heure (autant dire la mort du père pour toucher le pactole) ou les exploitants de pétrole attendent-ils la leur, eux qui voudraient éventuellement exploiter ces sols jusque-là occupés par des troupeaux ?). On fait la connaissance d'un Paul Newman résolument opportuniste (quand le mari de la femme qu'il se tape se pointe au petit matin chez lui, il joue d’abord les innocents puis accuse son neveu qui est venu le chercher pour une affaire urgente – pas cool ni glorieux) mais on se dit que ce type qui joue au con est surement dans le fond un bon lascar... Et puis plus on avance, plus l'image du con prend le pas sur celle du bon lascar. Certes, il ne lui est pas facile de devoir tenir tête au quotidien à son critique de père mais cela ne le dédouane pas d'agir comme un porc : porc avec les femmes dont il tente de profiter (l'alcool n'excusant en rien ses petits dérapages de violence), porc avec son neveu auquel il parle uniquement quand cela l'arrange. Oui, il eut un passé un poil traumatisant, oui cette région n'a pas des allures de fête de slip internationale, mais malgré tout, il ne fait pas franchement d'effort pour changer le cours des choses, plus obsédé par la future mort de son père que par sa propre vie, son propre avenir. Au-delà, de la beauté des images (ces ciels qui mange l'écran, comme si la nature finissait par prendre le pas sur les hommes), il y a cette gageure de donner au Paul un rôle assez merdique dans lequel il fait montre d'un certain talent (ces regards perdus quand son père l'assomme de ses remarques désobligeantes, ce sourire factice pour s'excuser d'avoir merdé avec les femmes). On attend sur la fin un peu d'espoir et on assiste au contraire à un véritable carnage qui ferait passer l'incendie en Amazonie pour un feu brousse dans l'Allier. La fin agit tel un coup de marteau et le Paul, comme les vaches du troupeau, finit le moral au fond du trou. Hug ! Un très bon Ritt.

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