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Il est dommage qu'on retrouve chez Farhadi à chaque fois les mêmes points forts... et les mêmes faiblesses qui finissent par prendre le pas sur le reste. Il est ici question, en fil rouge, d'une turpide histoire de vengeance : Emad et Rama sont ensemble à la ville comme sur scène ; forcés de déménager de leur immeuble qui menace de s'effondrer, il trouve refuge dans un appart qui vient tout juste d'être libéré. Seulement voilà, l'ancienne locataire semblait menée une vie plus que dissolue et un de ses "clients" va revenir dans son appart... et agresser Rama dans sa douche. Emad est furax, bien décidé à retrouver ce salopiot et à lui faire lourdement payer ses écarts et ses crimes. Bien.

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Une fois de plus, Farhadi excelle à montrer ce couple "vieillissant" en crise où lorsque Rama dit blanc, Emad dit noir et vice versa. Ce dernier semble vouloir être à l'écoute de sa femme, après l'agression notamment, mais peine à vraiment faire le lien. La caméra du cinéaste iranien sait se faire incroyablement mobile (la visite du nouvel appart, un modèle de montage et de fluidité) comme pour mieux traduire les mouvements contraires de son couple qui ne cessent de se croiser mais peine dorénavant à se "rencontrer". On lit sur le visage de Shahab Hosseini et Taraneh Alidoosti les doutes, les tensions, la fatigue, l'exaspération... Rien à dire dans ce compartiment-là du jeu. On aurait tendance à faire un peu plus la moue au niveau des parallèles proposés entre la pièce et la réalité (la jeune femme sous la douche au début et le type dans le cercueil sur la fin : franchement, cette mise en abyme forcée ne s'imposait guère). La moue se fera même franchement dubitative lors de ce dernier tiers qui tire en longueur, lors de ce dénouement "moralisateur" qui met face à face Emad - et sa soif de revanche, cet envie de faire payer coûte que coûte - et Rama - et son sens absolue du pardon. Entre le type jusqu'au-boutiste qui a un sens de la justice personnelle un brin excessive et la tolérance angélique d'une femme qui a tôt de fermer les yeux sur les excès de son frère humain, on a aucun mal à faire le distinguo – mais c’est un peu grossier... On sera forcément tenté d'y voir une critique en creux de la société (ce "pauvre vieux" client plus soucieux de son image auprès des siens que de la gravité de ses actes, cette soif de revanche et de punition (par le biais d'Emad) qui vous entraîne dans un tourbillon tragique, cet immeuble qui se fissure à l'image de cette société sans repère (mouais...)…), des aspects pas inintéressants en soi mais amenés un peu avec le marteau et l'enclume ; c'est d'autant plus dommage que Farhadi a toujours autant de feeling pour filmer ces relations au sein d'un couple ou d'un groupe. Là, force est de constater qu'il a la main un peu lourde dans cette démonstration finale qui ne fait guère dans la nuance... Too much.  

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