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Voilà pour le moins une histoire simple (un homme en cavale et sa poule) diaboliquement mis en scène par un Kinoshita qui, le moins qu'on puisse dire, commence à se faire la main tant au niveau du cadrage que du montage. Une danseuse, Toshiko (la figure chevaline mais fine de Mitsuko Mito) rejoint son "protecteur" et amant en train - Eitarô Ozawa, la gueule de l'emploi : le sourire torve et le regard chafouin. La bougresse comprend vite que le gazier sort encore d'un mauvais  coup (bon, une famille ligotée et un policier poignardé, c'est pas non plus... ah ben si, quand même) et qu'il vaudrait sans doute mieux qu'elle le sème, s’en sépare, s’en éloigne. Elle saute du train et part par monts et par vaux à grandes enjambées... Le type la suit, l'empoigne, les mots d'oiseau fusent, il l'étreint, elle le repousse, il tombe le cul dans l’herbe... oh puis baste, le type se casse... Et, elle, bêtasse, mais ne sachant où aller (?), mais encore amoureuse (?), par pitié (oui, ça, c'est bien), décide de le suivre... Je t'aime moi non plus, on connaît par cœur, même si ici l'intérêt est ailleurs : la forme transcende le fond et ça, c'est toujours redoutable.

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Parce que voilà, au-delà de ce duo qui s'égratigne, se déchire, se sépare, se réconcilie, se retend etc... il y a une forme qui déménage. Emporté et inspiré par la musique de son brother (une musique qui monte progressivement dans les tours), Keisuke ne cesse de triturer son film alternant gros plans, plan américain (sur le couple), gros gros plans (un regard, une bouche), jouant des effets de décadrage, suivant au plus près ses personnages lorsqu'ils marchent dans une sorte de travelling en contre-plongée à l'épaule (!... Bon c'est peut-être pas les termes techniques exacts mais en tout cas c'est l'idée), accélérant a volo son montage à mesure que le ton monte... jusqu'à ce final résolument époustouflant où musique, acteurs, amour et haine, ville entière s'emballent. Toshiko, après avoir tout tenté pour apaiser les choses (belle séquence trente-sept-deux-le-matinesque à l'arrière d'un camion (juré, c'est le même cadre) : nos deux tourtereaux se rabibochent un peu plus à mesure qu'ils enchainent les tunnels qui, ma foi, semblent de plus en plus longs et de plus en plus sombres (got the symbole ?), se rend bien compte que ce type est un malade... Le type a beau se trouver tous les prétextes du monde et tenter de se faire pardonner (la guerre, pas facile d’en revenir (on est dans le film noir à la nippone) ; la pauvreté (il faut bien que je m'en sorte, hein) ; la confession (ouais ok j'ai merdé pendant toute ma vie mais c'est sûr, maintenant je vais me ranger)), rien y fait : Toshiko se rend bien compte que le type n'est qu'un voyou, beau parleur, mais un voyou - c'était inscrit à la fois sur sa tronche et sur sa jambe boiteuse : ce type n'était pas droit. Alors que la ville qu'ils traversent prend soudain feu (dans divers maisons du même quartier... le réseau électrique, je vois que ça), Toshiko tente de fuir ce malfrat peut-être aimé mais aujourd'hui tant haï ; celui-ci, un brin revanchard et mauvais joueur, la poursuit un couteau à la main (salope si tu t'en vas et que tu me dénonces, je te crève ! Sans doute les plus beau mots d'amour nippons...). Là encore, c'est panique à tous les étages, les sirènes des pompiers boostant encore un peu plus les courses folles in the street et le montage qui devient résolument frénétique, et les cadres de plus en décadrés comme affolés. Kinoshita rend puissamment cette envolée soudaine de son héroïne qui cherche à balancer son porc, qui cherche à avoir la vie sauve ; la brève période d'accalmie est terminée, il faut dorénavant sauver sa peau face à ce fou furieux. C'est trépidant, emballant et on apprécie à sa juste valeur l'usage enivrant que fait Kinoshita de ses petits outils cinématographiques. On trouve déjà là la maîtrise du "petit" (ohoho) maître nippon. Une femme, fuyant un homme, c'est ça le cinéma C. L....

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