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Il y a quelque chose de très touchant dans La Viaccia, dans ce couple formé par ce jeune paysan en rupture avec sa famille (Jean-Paul Belmondo as Ameringo, au top de sa forme) et cette jeune prostituée (Claudia Cardinale dans un rôle beaucoup plus fort et subtile que dans Le bel Antonio). Touchant parce que la trame ne cesse de faire des digressions (les rapports conflictuels entre Bébel et sa famille (son oncle qui le traite de voleur, son père qui le fracasse et le bannit, la relation de Bébel avec un groupe d'anarchistes...) tout en revenant sans cesse à cette "association" à la fois impossible (sans le sou, sans véritable perspective d'avenir (il se grille lui-même pour pouvoir espérer un jour d'hériter des terres familiales) Bébel est mal placé pour offrir un jour une porte de sortie à la belle Claudia) et évident (ces deux-là sont faits l'un pour l'autre, qu'ils le veuillent ou non, c'est juste fatal). Du coup, si l'on a indéniablement en arrière-fond le portrait d'une époque (la fin du XIXème siècle) guère reluisante (la pauvreté des paysans qui triment comme des bruts pour que dalle, les calculs en coulisses pour pouvoir mette la main sur le magot familial à la mort de l’ainé (effroyable figure que celle de cette veuve, vénale jusqu'au dernier souffle de son compagnon), d'une époque qui gronde (le petit groupe d'anarchiste qui tente d'agir... une piste que Bolognini ne prend pas la peine de véritablement développer), on ne peut s’empêcher de quitter ce film en gardant uniquement en tête l'image de ce couple improbable et étincelant, mal assorti (Un Bébel un peu niais, incapable du moindre calcul, une Claudia plus "expérimentée" qui n'en est pas à sa première désillusion) et magique (Il revient à elle malgré lui, elle se refuse à lui mais finit toujours par craquer), brutal (la séquence très dure où le Bébel, désemparé, dans l'impasse, la frappe) et ultra-romantique (le monde disparaît dès lors qu'il se retrouve ensemble).

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Même si la Claudia, mutine, est belle comme une tourterelle et fait commerce de son corps, Bolognini semble ici moins s'intéresser à la sensualité qu'elle peut dégager qu'au havre de paix qu'elle peut proposer à ce jeune paysan errant. Belmondo, jouant à l'envie de sa moue, les yeux brillant devant sa belle mais un peu couillon quand il doit penser à l'avenir, incarne un personnage tout en nuances : notre jeune paysan maltraité par sa famille, rejeté par elle, est un véritable gruyère sentimental, uniquement capable de vivre dans l'instant : incapable de calculer, il semble (terrible héritage, véritable tare familiale digne d’un roman de Zola) ne pouvoir penser qu’avec avec ses poings ; les deux fois où dans la maison close le Bébel passe à l'action, ça déménage... Seulement notre homme, la tête un peu trop près du bonnet, déjà victime de sa condition et de sa famille, va une nouvelle fois finir par tomber sur un os... Bébel, étrangement, un an après s'être vautré en pleine rue parisienne dans la France des sixties, va connaître en cette fin de siècle, le même destin tragique... Amoureux meurtri au plus profond de sa chair, notre homme va terminer sa course, prématurément, comme un chacal se vidant de son sang. La Viaccia, drame historique en contexte paysan, se révèle être au final un grand film romantique dans l’air du temps.

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