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Comment c'est loin a les mêmes qualités et les mêmes défauts que les chansons d'Orelsan : on se marre franchement bien, on s'incline devant l'écriture des punch-lines incisives, on aime ce je m'en-foutisme assumé et ce nouveau ton, plus érudit (certains diront plus bobo), dans le rap ; mais on constate aussi que ça ne tient pas vraiment sur la longueur, que l'interprétation n'est pas à la hauteur de l'invention, et qu'il n'en reste pas grand chose après écoute. Voilà : le film est court en bouche, mais on n'en demande pas plus ; ou, si vous préférez dans ce sens, on n'en demandait pas grand-chose, et on n'en obtient pas plus.

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Sous un scénario prétexte, les deux potes Orel et Gringe se livrent à une démonstration de leur talent de glandeurs professionnels. Ils interprètent leurs propres rôles, ceux de deux chomeurs rappeurs qui n'ont rien pondu depuis des années ; un impresario leur met le couteau sur la gorge : ils doivent créer des chansons pour le lendemain ; c'est le départ d'une folle journée de glandouille intégrale, de plans douteux et de discussions absurdes, entrecoupées comme il se doit de bribes de chansons parfaitement plaisantes. Cette non-trame est en fait l'occasion de mettrre bout à bout une multitude de petits sketchs plus ou moins inspirés : certains sont assez proches de la série "Bloqués", qui font ma joie quand je tombe dessus ; d'autres sont juste des façons de mettre en scène quelques saillies verbales marrantes (la plupart du temps éhontément phallocrates ou carrément cons) ; d'autres enfin, ceux qui recherchent plutôt le comique de situation, sont assez plats. L'humour de Orelsan est avant tout verbal, de ce côté là on est ravis. Malheureusement pour lui, un film nécessite aussi un minimum de talent visuel, ce qui semble manquer aux cinéastes. Montage incohérent, mise en scène sans imagination, on se croirait dans un des sketchs pour Canal+ que les gars produisent, et on peut dire que c'est pas suffisant.

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Ceci dit, on regarde Comment c'est loin sans réel ennui. Les auteurs ont une façon bien à eux d'affronter l'exercice laborieux de l'auto-portrait, et excellent dans la lose-attitude là où d'autres rappeurs ne savent qu'exhiber leurs gourmettes et leurs gonzesses en maillot. Le portrait n'est pas à la gloire de leurs auteurs, et ce masochisme latent finit par emporter le morceau : comme dans les chansons d'Orelsan, on reconnaît nos petitesses dans ces deux potes qui n'aiment rien tant que rien foutre, aller dans des soirées médiocres, draguer des filles pas terribles et s'envoyer des vannes à tours de bras. Les vannes, elles fusent, et elles sont souvent impayables, audacieuses, franchement vistuoses dans l'écriture et dans la finesse du regard sur le monde contemporain. Rien que pour ça, et pour les morceaux de musique très agréables ("L'av'nir appartient à ceux qui s'lèvent à l'heure où j'me couche"), on accepte que le film ne soit qu'un film de radio, mal fagotté et assez débutant.