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Chic et choc, tics et toc ? Entre les deux mon coeur balance et j'avoue que le dernier battement aurait tendance à s'arrêter sur la seconde proposition. Korine, on le sait, a l'habitude de faire des films torves sur des gens torves. Là, il choisit le thème très M6 ou MTV du Spring Break avec des donzelles alléchantes filmées de façon léchée - et je pèse mes mots. Va-t-il nous servir un long clip de jeunes filles en fleur arrosées de bière en n'hésitant point, au passage, à booster l'affaire avec quelques gros calibres ? On craint réellement le pire dans la première demi-heure même si l'on sent toujours - dans la musique partant en dissonance, dans les inserts qui laissent présager le pire - une noirceur sous-jacente. Korine se fait-il une joie secrète de réaliser un film aux images et au montage pubesques pour mieux dénoncer cette culture du vide breteastonellisienne de notre belle époque contemporaine ? That is the big question... D'un côté le Korine semble se complaire à conter cette histoire au premier degré sans qu'il y ait vraiment à déceler un quelconque humour ou une réelle ironie dans le bazar - les jeunes filles le répètent à l'envi (nombre des dialogues sont d'ailleurs repris moult fois comme s'il s'agissait d'un refrain d'une chanson popu hip-hopée): il faut juste qu'elles agissent comme si elles étaient dans un jeu vidéo, baste. De l'autre, force est d'avouer qu'il y a tout de même quelques belles idées cinématographiques (le magnifique travelling effectué en suivant la voiture conduite par une jeune fille alors qu'à l'intérieur du fast-food braqué les deux autres jeunes filles masquées et armées progressent) et des idées scénaristiques qui font sens (les deux jeunes filles qui rejouent le casse devant leurs copines et qui lisent enfin l'horreur de leur acte dans les yeux de Selena Gomez comme s'il était temps de revenir sur terre). Seulement, malgré le malaise sous-jacent que l'on ressent (chronique d'un carnage annoncé), tout cela est noyé dans un esthétisme colorisé dégoulinant et un montage survitaminé des plus complaisants. Certaines scènes frôlent carrément le ridicule : la toute mimi disneyenne et catho Selena qui prend conscience qu'elle n'est pas au pays des Bisounours en se faisant draguer par un James Franco déguisé en Joey Starr (ça change de Justin ptite Bieber, certes...), la fille qui se fait trouer le bras et réalise qu'une balle ça fait sacrément mal, le James au piano sur fond de coucher de soleil entouré de trois Pussy Riot armées : du Clayderman remis au goût du jour en quelque sorte (ils se lancent qui plus est tous les quatre dans une reprise de l'héritière de Léo Ferré : Britney Spears...) ; on aimerait entendre, dans les harmonies, Korine rire grassement, dégoupiller la chose... Que nenni, comme s'il se prenait un peu trop au jeu de ses propres images... Le massacre final continue de surfer sur cette vague videogamesque facile et l'on finit avec la douloureuse impression que Korine, en jouant sur tous les tableaux, s'est perdu en route : comme si le clip MTV avait fini par phagocyter en route sa critique de cette jeunesse vidéoisée, vidée de sens... Un bonbon guère acidulé. Pas convaincu par la chose - le cul entre deux chaise quoi, mal assis...   (Shang - 27/06/13)

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Assez d'accord, oui, mais quand même plus client que mon camarade. D'abord parce que, mine de rien, et si on accepte les couleurs flashy, la mise en scène de Korine, son montage, le rythme qu'il parvient à instiller à la chose, sont loin d'être mauvais. En sus de ce splendide travelling évoqué par Shang, on note les "cut" soulignés par toute une gamme de bruits urbains qui dopent indubitablement l'énergie du film. C'est gadget, mais efficace. Et puis cet étrange montage, à la fois hyper-rapide et hyper-lent (les mêmes scènes répétées, comme une sorte de surplace dans la trame), marque lui aussi des points. Certes, c'est clinquant, ça manque un poil de bon goût, mais pour développer un tel sujet, on en aurait voulu à Korine de faire dans les teintes pastels et les costumes Rive Gauche. La musique est impeccable, et Korine parvient bien à mettre le doigt sur ce mélange de futilité et de douleur, d'insolence et d'émancipation, de crétinerie et de liberté, qui fait la jeunesse d'aujourd'hui. Il nous fait écouter la musique de ces ados, nous montre leurs rites, leurs tics et leur beauté effectivement sans deuxième degré, mais avec une sincérité réelle.

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Mon camarade a cherché là-dedans (sans la trouver, d'ailleurs, c'est bien la preuve) une critique de cet univers-là ; à mon avis, ce n'est vraiment pas le sujet : Korine est heureux avec cette jeunesse festive, violente et gigotante. Le vrai sujet, pas nouveau certes, est plutôt celui de la rédemption, à travers le parcours initiatique de ses héroïnes. Au départ, un prêcheur prévient : à toute tentation mauvaise il y a une échappatoire possible. Ce sera le thème de ce film, qui nous montrera celles qui s'en sortent (et franchissent un pont suspendu très symbolique pour rejoindre une vie normée qui ne semble pas emballer Korine plus que ça) et celles qui se laisseront aller à la tentation. Le trouble venant de ce qu'on ne sait pas très bien où est le vrai et où est le faux dans ces choix moraux personnels. C'est souvent fait avec de très gros sabots (Franco est too much, et pour ma part j'ai maintes fois préféré la première demi-heure, qui assume son côté fun et con, plutôt que le ton prêchi-prêcha qui arrive avec l'entrée de l'acteur), c'est un peu fatigant à la longue, ça se la pète pas mal cinéma-indépendant-trashouille, mais ma foi le résultat est original, dynamique, moderne, pop et malpoli (ah certes, le bon goût n'est pas la chose la mieux partagée chez Korine, et il prend bien soin de vous emmerder dans la longueur avec sa chanson de Britney Spears ; j'ai pris ça comme une attaque en règle contre les tenants de la grande culture). Du coup, j'aime plutôt, moi.   (Gols - 13/07/13)

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