9782367190112_1_75Du trash, vous en vouliez, Anger vous en met des louches, dans ce portrait de l'envers du décor hollywoodien. La sortie française de ce bouquin est visiblement un évènement, puisque ledit a mis des années à sortir, et est devenu culte à cause de sa rareté justement. C'est dire la déception quand on pose enfin les yeux dessus. Le projet de base est bon pourtant : Anger dissèque le rêve du grand Hollywood, à partir des années 20, en montrant systématiquement la somme de viols, meurtres, dépressions, trafics de drogue, déviation sexuelles, folies, que cachent ces idoles du public. Depuis la déchéance de Fatty Arbuckle, coupable d'un meurtre très flou à l'encontre d'une starlette pas farouche, jusqu'aux divorces tonitruants de Chaplin, du saphisme grand crin de Dietrich aux godemichés de Faibanks, des partouzes de von Stroheim à la folie de Frances Farmer, des meurtres irrésolus aux tournantes, tout n'est que chaos moral derrière les vitres des palaces et les fêtes échevelées de ces messieurs-dames du business. Anger dresse un catalogue sidérant et effrayant de la turpitude du milieu, et l'effet listing marque indéniablement des points. La bonne idée est de partir du somptueux décor d'Intolérance de Griffith, qui marque une sorte de naissance du grand Hollywood, pour nous plonger peu à peu dans un bain de violence, qui ira jusqu'au meurtre de Sharon Tate. Agrémenté de photos de ces stars plus ou moins oubliées suivant leur destin, le texte se complait dans une sécheresse d'écriture qui colle parfaitement avec la violence des situations.

Le souci est que le livre, à force, finit par ressembler à ce qu'il dénonce : une sorte de texte-people, équivalent d'un journal à scandales, et qui manie un moralisme bien dommageable. On aura de la peine à reconnaître le cinéaste de Scorpio Rising dans cette façon cachée de condamner les actes de ce petit gotha hollywoodien. Si on est bien d'accord pour trouver que tuer son amant ou violer une starlette est mal, on se dit que la plupart des péchés évoqués et fustigés par Anger sont bien innocents (homosexualité, partouzeries diverses, abus de cannabis ou provocations sexuelles variées). Le texte devient une condamnation en règle, très violente et excessive, et finalement ne dit rien sur Hollywood que ce dont on se doutait déjà : la starification et l'excès d'argent mènent bien souvent à la faillite morale. Anger a beau condamner les pécores qui faisaient leur fond de commerce sur ces déviances (magazines trash, éditorialistes ragoteuses), il n'est pas loin de faire la même chose. Alors c'est vrai qu'on éprouve un honteux plaisir à connaître les moeurs sexuelles d'Errol Flynn ou de Jean Harlow ; mais la lecture de ce livre reste quand même un moment un peu gênant. (Gols 10/04/13)


10958Pas grand-chose à rajouter à la chronique de l'ami Gols, qui relève le côté un peu voyeur de la chose (non, le lecteur, jamais...) voire un brin putassier : Anger ajoute peu d'éléments en terme d'analyse ou d'enquête à ce que les magazines à scandales d'époques dévoilaient. Si on apprécie au départ cette volonté de nous faire revivre par le petit bout de la lorgnette le Hollywood des années 20 (dommage qu'Anger ne nous donne pas plus envie de découvrir certaines perles d'époque) ou les raisons de la mise en place du code Hays, son ouvrage se fourvoie rapidement à simplement énumérer les différentes stars qui eurent plus ou moins maille à partir avec la justice de l'époque (Mitchum fumait du cannabis, encore un mythe qui tombe... Ouais, il y a pire, hein... comme l'utilisation ignoble d'une bouteille de coke par Fatty Arbuckle : il ne m'avait de toute façon jamais fait rire). Anger, à mesure que le livre avance, nous livre des portraits de moins en moins fouillés, utilise certaines expressions familières pas toujours de très bon goût (ou c'est le traducteur qui se lâche en nous sortant des jeux de mots à connotation sexuelle bien foireux ? Certains sont relativement lourds et détonnent un peu par rapport au reste du bouquin) et l'on découvre la suite des "scandales" avec un oeil de plus en plus morne... De quoi ne pas vraiment nous donner envie de découvrir la suite qui est sortie ces derniers jours en France. A moins d'avoir vraiment l'esprit voyeur... Hum.  (Shang  10/05/16)