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Valérie Donzelli est une sentimentale, écoute Dominique A, croit que l'amour dure toujours et aime Gene Kelly : quatre raisons qui me font adhérer sans vergogne au petit univers touchant qu'elle déploie dans son nouveau film. Il faut pourtant s'armer de bonne volonté pour aimer ça, autant le préciser : mal fagoté, mal joué, très poussif dans les scènes de comédie, souffrant de baisses de rythme impressionnantes, Main dans la Main a tout pour déplaire pendant une bonne heure. C'est bien simple : dès qu'il s'engage sur la pente de la fantaisie légère, il devient une laborieuse suite de saynètes disparates, pas drôles, cherchant désespérément un ton pour finir par tomber à plat les unes après les autres. Donzelli a beaucoup de mal à définir ses envies, et tire tous azimuths, entre comédie vintage, décrochages surréalistes et gags à l'ancienne. La plupart de ces scènes semblent complètement inutiles, ne servant qu'à occuper le temps pour justifier l'appellation de long-métrage. L'idée de base est trop peu riche pour durer bien longtemps : un garçon se trouve attaché à une femme à laquelle tout l'oppose pourtant (socialement, physiquement, intellectuellement), ils sont contraints de se suivre partout et de faire les mêmes gestes au même moment. Jolie idée qui a quelque chose à voir avec la danse, contexte principal de la chose, mais qui fait long feu au bout de quelques minutes. Une fois épuisées les possibilités comiques de la chose, on sent que Donzelli piétine dans des séquences inutiles et des personnages mal dessinés (le ministre, la soeur (interprétée par Donzelli elle-même)).

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On s'apprête donc à oublier cette poussive comédie, quand soudain le film déploie enfin ses cartes : la dernière demi-heure est vraiment belle, saisissant enfin son sujet en adulte, et laissant de côté les rires de fillette mal grandie. Le couple se sépare, mais leur destin reste lié, comme si leurs gestes synchrones continuaient à distance, comme si le lien qui les unissait n'avait plus besoin d'être concret pour exister. Le film trouve sa beauté dans ces scènes "sérieuses", dans cette façon très premier degré de croire en l'amour, et d'en faire une belle métaphore par tous ces duos liés l'un à l'autre. Frère/soeur, ami/amie, amant/maîtresse, et même soi-même/soi-même (le héros est miroitier, et on ne cesse de voir des dédoublements à l'écran), tout le film ne parle que de liens, de liens qui ne rompent pas. Cette naïveté, quand elle est débarrassée de cet humour fatigant, devient étonnamment profonde, et on adore cette façon qu'a la mise en scène, subitement, de se charpenter autour de gros plans en mouvements magnifiques (la plus belle scène, celle de la rupture "physique" entre Lemercier et Elkaïm), autour d'une voix off très Nouvelle Vague et son texte à la Duras, autour de quelques ambiances joliment émouvantes (New-York, comme prolongement du côté "comédie musicale" de l'ensemble). La musique, encore une fois utilisée par Donzelli de façon très sentimentale, pour son seul pouvoir d'émotion, ajoute encore au petit serrement de tripes de cette dernière demi-heure. Au final, on nous a raconté que l'amour est éternel, et que les gens qui s'aiment marchent toujours dans les pas l'un de l'autre, en harmonie, même quand ils se séparent. C'est peut-être cucul, mais c'est beau comme un film de Gene Kelly.

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