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Voilà longtemps, me direz-vous, que l'on avait pas plongé dans un ptit noir. Je sais le nom du réalisateur ne met pas forcément en confiance mais signalons, dès le début, pour vous remonter le moral que c'est le grand John Alton en charge de la photo (toujours au taquet sur les nombreuses séquences nocturnes et pour jouer avec la profondeur de champ) et qu'il y a, au côté de Paul Henreid (dans un double rôle, rien de moins), la merveilleuse Joan Bennett. La trame a quant à elle presque des allures de mauvais gag : Paul sort tout juste de prison et n'aspire qu'à braquer un casino. Il s'entoure de ses fidèles et par ici la monnaie... Une partie du gang est stoppée dans sa fuite mais le Paul et son pote Marcy parviennent à se tirer avec le magot ; ils savent qu'ils auront les hommes de main du patron du casino aux fesses. Marcy, tout trouillou, se casse au Mexique - où il sera assassiné -, Paul, plus futé, décide de recommencer une nouvelle vie en devenant un simple petit employé... Bon. Un jour, notre gars Paul, va apprendre qu'un psychanalyste qui habite dans son voisinage a exactement la même tronche que lui... si ce n'est une grosse balafre sur la joue. Il se rend à son bureau, la secrétaire (Joan) lui tombe dans les bras, : il en profitera pour apprendre par cœur toutes les fiches des clients ; le plan ensuite est simple : il lourde la secrétaire, se fabrique une jolie cicatrice et flingue le psy pour prendre sa place... Classique en un sens... Sauf que ce con de Paul - merci le photographe... - va se tromper de joue pour la cicatrice...

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C'est bêta, mais à la rigueur, les gens ne font pas attention... Le Paul a quand même plutôt merdouillé - pas vraiment du travail de pro... - avant de prendre la place de son sosie : non seulement il ne savait même pas que ce Bartok était marié (sympa cette séquence où il donne rendez-vous à sa femme dans un hôtel en lui demandant d'amener des orchidées - histoire de pouvoir l'identifier ; malheureusement, un mariage a lieu dans l'hôtel et toutes les femmes ont des orchidées à la boutonnière : notre Paul pâlit quand il voit arriver une rombière et devient tout frétillant quand il s'agit d'une jeune fille...) mais surtout que ce Docteur était dans la mouise au niveau de la thune... Avant que la situation ne devienne proprement ingérable, le mieux serait sûrement de se faire la malle avec la chtite Joan, qui, seule à vraiment faire la différence entre les deux hommes, lui est retombé dans les bras (po rancunière et patiente, clair...). C'est un peu l'idée du "tel est pris qui croyait prendre" avec cette idée d'identité échangée : alors que le Paul pensait ainsi pouvoir échapper définitivement à son passé, il va écoper de celui de son double qui n'est peut-être guère plus reluisant. C'est forcément en plein dans l'esprit d'un bon noir... L'idée de la cicatrice - et de l'erreur de joue ! - peut, elle, paraître assez saugrenue ; pas tant que cela finalement puisqu'on se rend compte que personne ne fait vraiment attention à son prochain et Sekely de s'amuser avec ce concept : Paul enrage quand il réalise sa stupide maladresse mais la boulette passe comme une banane flambée auprès de ses proches. Puisque tout le monde s'en fout... Mais le destin, lui, cache décidément bien ses coups avant de frapper... Une série B relativement plaisante - jusqu'au final - avec un couple phare de "première main". Ce serait bête de s'en priver.    

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