vlcsnap_2010_04_05_16h02m26s122Voilà un des films les plus simples et les plus touchants du grand AK. En pleine dépression (du moins, c'est ce dont je me souviens de son autobiographie), le maître nous sert une ode à la nature, l'amitié, la solitude, qui bouleverse complètement, tant par son sens délicat de la narration que par sa mise en scène, qui décline sans en avoir l'air une symphonie cosmogonique effarante. Dersou Uzala est une épure, un poème privé de toute pose, un film qui parvient à trouver quelque chose d'éternel : le tout sans effet d'annonce, par une simple narration à la Thoreau menée avec une sensibilité incroyable.

Coller des mots là-dessus, c'est forcément trahir la fragilité de la chose. Il s'agit de la rencontre en pleine taïga de deux êtres : un capitaine d'escadron envoyé en mission pour faire des relevés typographiques en vlcsnap_2010_04_07_18h28m21s73milieu hostile, et un chasseur solitaire au fait de tous les secrets de la nature (le gars voit une trace dans la neige, et peut vous écrire la biographie de son auteur). C'est tout : pas ou peu d'évènements particuliers, pas ou peu d'aventures. Juste une complicité, une admiration, un attachement qui se forge en direct entre deux êtres humains. Kuro prend tout son temps pour décrire par le menu cette amitié, se posant longuement devant cette nature effrayante et splendide qu'il filme dans tous ses états : sous la neige, en plein cagnard, sous le vent, dans la boue, la taïga est toujours magnifique, le film déclinant toute une gamme de plans larges destinés à rendre à la fois sa beauté et son hostilité. AK excelle à placer ses petits personnages au sein du grand univers, sans jamais s'éloigner de la profonde humanité de son sujet. La scène centrale, où Dersou sauve son ami du froid dans un décor battu par la tempête, à l'aide de simples bottes d'herbe coupée, vous reste en tête durablement : c'est du cinéma à l'état pur, une abstraction visuelle presque totale, quelques souffles en bande-son, deux êtres qui luttent pour leur survie, et c'est tout. La scène dure très longtemps, devient peu à peu d'une densité impressionnante tout en jouant sur l'attente, la fatigue.

vlcsnap_2010_04_07_18h32m22s183AK s'est débarrassé de tout le reste : on ne voit plus à l'écran que la nature et les hommes. Ca n'est jamais austère pour autant, le film vibrant d'un profond amour de l'Humain, d'une simplicité et d'une modestie exemplaires. Cette tendresse qui émane des personnages (les deux principaux, mais aussi toute la bande des solides gaillards qui entourent le "Capitan", touchants, drôles, crédibles), cet humour fondant, cette âpreté toujours contre-balancée par une vision émerveillée du monde, font de Dersou Uzala un des sommets de la carrière d'Akira, un de ces films indéfinissables et éternels qui arrivent à toucher au coeur de la beauté.

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