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Reconnaissons en préambule, qu'un peu trop avide de découvrir enfin cette adaptation viscontienne, je me suis tapé une version à l'image terriblement dégueulasse et, qui plus est, doublée en anglais. Autant dire que, dans le massacre, il est sûrement difficile de faire pire, et j'aurais sans doute été mieux inspiré, ayant raté la ressortie du film l'an dernier au cinoche (j'ai des circonstances atténuantes), d'attendre une éventuelle sortie en DVD (...) - enfin bon ce qui est fait est fait. Du coup, difficile de dire quoi que ce soit sur les éventuelles qualités esthétiques de la chose, et c'est bien dommage, tant l'on sent dès le départ Visconti mettre un soin extrême dans le choix de ses décors, les grands murs blancs (traduisant en partie cette fameuse écriture "blanche" du gars Camus...) de la salle où repose le cercueil de sa mère ayant notamment, d'entrée de jeu, une force étonnante. De même les séquences sur la plage "baignée de soleil", avec une Anna Karina en Marie toute pimpante (le maillot de bain noir "une pièce" du Marcello est quant à lui un summum dans le genre... anti-sexy - affreux) , semblent bénéficier d'une luminosité exceptionnelle, mais là encore cela ne reste jamais qu'une "impression"... Je serais également un peu gêné pour parler du jeu des acteurs, la version monocorde anglaise étant d'un manque de nuance terrible.

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Du coup, à défaut sûrement de pouvoir apprécier à sa juste valeur la qualité de l'image ou les acteurs, certains défauts n'en sont que plus agaçants. Visconti use et abuse des zooms - parti pris qui culmine lors du procès - comme s'il fallait constamment cadrer en gros plan la tête du Mastroianni pour accentuer son isolement ou sa stupeur vis-à-vis de son entourage. C'est un concept, certes, mais cela devient tellement systématique que l'on se croirait parfois dans un reportage ou une pauvre série télé sur M6. L'insistance constante sur les petits rires dans la première partie - ambiance frivole avec la Marie - finit aussi par devenir un poil pénible, à tel point qu'on se croirait presque dans OSS 117 avec ce con de Hubert. De même, la musique est proprement infâme (genre ambiance film de science-fiction vintage ultra zarbi) et bousille en partie la séquence sur la plage où Meursault se retrouve face à l'arabe (sans parler des effets sonores sur les coups de feu, faisant presque passer Meursault pour Charles Bronson): aucune tension, Visconti donnant presque l'impression de se débarrasser de la scène en deux coups de cuillère à pot. Impression également d'une certaine "lourdeur" dans la mise en scène de ce long procès : on comprend rapidement que Visconti veut donner un côté presque ubuesque à la chose - le procureur qui s'agite comme une marionnette, la mine constamment consternée de Bernard Blier en avocat de Meursault, le procès qui parle de tout sauf, finalement, de l'acte de Meursault pour lequel il est condamné, les ooohhh et les aaaaaahhhh du public... - mais on ne peut pas dire, encore une fois, que cela soit fait dans la dentelle, ces effets devenant rapidement systématiques... On a droit, malgré tout, à une très belle séquence, très épurée, sur la fin, dans ce face à face entre Meursault et le prêtre interprété par Crémer, même si on préfèrerait forcément la voir dans le noir d'une salle de cinoche... Bref, un sentiment plutôt mitigé, en rappelant à quel point ma version fut vraiment limite au niveau de la qualité... Promis, je me ferais une séance de rattrapage à l'occasion.

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