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En cinq court-métrages à l'ironie mordante, "l'âge d'or" de l'époque Ceausescu perd de ses paillettes pour mieux montrer l'absurde vie quotidienne d'une poignée d'individus, leurs multiples petites astuces à deux lei pour tenter de tirer leur épingle du jeu. Un représentant du parti dont les ordres, suivis au pied de la lettre, finissent par faire tourner les gens pas seulement en bourrique mais méchamment en rond - on sent la bonne vieille métaphore roumaine -, le traficotage d'une photo à la suite de la venue de Giscard en Roumanie (première fois où le Valéry peut se vanter d'avoir provoqué une situation drôle...) qui dégénère en portrait surréaliste - ceci est bien... deux chapeaux -, l'illustration roumaine du fameux adage "qui vole un oeuf, vole un oeuf" - oui, cela ne va pas forcément plus loin -, une histoire de cochon à tuer discrètement à se faire pipi dessus (je ris encore de la chute douze heures après) et enfin une jeunesse ultra-révolutionnaire - genre Bonnie and Clyde mais en roumain... (Bonniscu et Clydescu ?) - prête à tout pour gagner de la thune en organisant un trafic de... bouteilles en verre. L'art de chaque histoire est de ne jamais laisser deviner dans quelle direction on va, à quoi on doit vraiment s'attendre, et l'on reste tranquillement aux aguets en sachant que la chute aura forcément quelque chose d'un peu... pathétique - dans le genre à faire ricaner en silence, dans son petit coin.

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Ce qui surprend peut-être un peu plus, c'est de voir finalement la liste de cinq réalisateurs au générique : certes Nemescu a écrit les cinq histoires, mais on est relativement étonné de voir que le ton et l'ambiance (une image très lumineuse, des personnages banals, ...) et surtout le style esthétique et le choix narratif (ultra linéaire) de ces cinq contes diffèrent relativement peu : du coup, s'il y a une évidente homogénéité de l'ensemble, on peut aussi regretter que l'on ne ressente pas plus la petite patte personnelle de l'un ou l'autre de ces réalisateurs sur son épisode. On passe tout de même deux heures sympathoches à savourer la façon dont ses petites vies quotidiennes dérapent - sous l'influence du parti qui finit par instaurer une vraie paranoïa irrationnelle ou par la simple volonté de mettre un peu de beurre dans les épinards -: c'est drôle, enlevé, peut-être un peu répétitif parfois (le côté mécanique, un peu trop souligné, dans le sketch des oeufs et des bouteilles notamment) mais toujours grinçant. Du très bon comique roumain à froid, sans atteindre non plus, avouons-le, au grand délire - que ce soit au niveau artistique ou burlesque.      

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