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Tourné en cinq jours, ce huis-clos infernal entre un patron et une employée est une superbe petite mécanique, un véritable tour de force formel et charnel, qui parvient à rendre hommage à la femme tout en montrant la façon dont un homme tente de la réduire en esclavage. Malgré la violence des images et la manière dont cet homme tente de dégrader le corps de cette femme, il se dégage de cette histoire toute une dualité du rapport aux femmes terriblement paradoxale : amour de la mère et haine d'être né, attirance du corps de la femme et volonté d'en faire une femme-objet, autant de thèmes subtilement développés dans cette oeuvre plutôt trash en son approche (l'homme-embryon traite la femme comme un Indiana Jones pervers, à grands coups de fouet dans les dents; toutefois cette vision des choses reviendrait à faire une lecture simpliste et superficielle de cette oeuvre : cette pénétration/lacération des chairs pourrait en effet également constituer une sorte d'aveu "d'impuissance" devant le mystère de la Femme...).

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Scène banale au demeurant d'un homme qui ramène dans son appart - étrangement dépouillé - une chtite employée : premiers baisers, premiers attouchements, premiers gestes de résistance de la femme face à l'homme qui tente de la "posséder" violemment, ah oui, tiens, premiers coups de fouet - moins banal, là. On se dit que ce type, qui n'avait pas l'air très franc au premier abord, s'avère être un véritable sadique pervers. Mauvais tirage pour l'employée qui n'avait écouté jusque là que du bien sur cet homme... si ce n'est qu'on l'accusait de misogynie - ouais, fallait se méfier. On assiste, au départ, à des scènes dominatrices peu ragoutantes; l'homme ne se contente point de traiter sa victime à coups de fouet, le voilà maintenant qui sort sa lame de rasoir pour la lacérer et qui commence à la traiter, littéralement, comme une "chienne" - mais quand elle se met à aboyer, on sent bien qu'elle voudrait plutôt mordre cet individu abject. Cela dit, peu à peu, on découvre le trauma qui réside dans l'âme de cet homme "frustré" : il y a, d'une part, ce dégoût d'être né, faisant de la mère à la fois quelqu'un qui lui fournissait un refuge (soit un objet d'adoration) mais aussi d'elle une personne qui a expulsé notre homme de cette grotte originelle (soit un motif de désespoir).

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D'autre part, l'employée ressemble comme deux gouttes d'eau à l'ancienne femme de cet homme : ce dernier, stérile, a très mal vécu le fait qu'elle ait non seulement un enfant par insémination artificielle (première "trahison") et surtout qu'elle décide de le quitter (deuxième trahison); il s'est alors senti doublement "dépossédé" de son amour initial (l'amour pour un enfant et le départ pour un ailleurs) d'où cette volonté terrible, derrière une vraie recherche d'affection (notre homme a aussi ses (petits) moments de tendresse), d'attacher sa victime pour qu'elle "s'attache" définitivement à lui. Si l'on parvient mieux à saisir les origines de cette relation complexe vis-à-vis des femmes, qui le fait osciller entre passion pour celles-ci et volonté de soumettre icelles, on se doute, également, que la femme va se battre bec et ongles pour échapper à ce grand malade... Là où Wakamatsu est assez fort, c'est qu'il glisse en insert, au sein de sa narration, une séquence où il nous montre cette nippone (maquillée, elle ressemble étrangement à Anna Karina) qui s'adresse à la caméra : elle fait un petit laïus nous expliquant que sa situation actuelle, dans l'appart, n'est guère plus enviable que celle qui l'attend dehors à bosser chaque jour comme une tanche; elle découpe alors à coups de hache son geôlier qui apparaît comme une métaphore vivante de cette société masculine dominatrice. Cette séquence n'était qu'une sorte de vision hallucinée - on la retrouve, à nouveau, dans le plan suivant, attachée à son lit - mais on se dit que le père Wakamatsu en a décidément sous le pied pour parvenir de façon aussi "subliminale" à faire le procès de cette société machiste et destructrice. Notre femme-victime se battra jusqu'au bout pour se révolter contre ce patron qui a pété les plombs - une "lutte finale" sanglante.

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Une violence et un érotisme malsain qui ne sont pas sans cacher un message sur les relations conflictuelles entre homme et femme, patron et employée. Le film, bien que tourné dans l'urgence - ce qui lui confère une énergie évidente, - n'en est pas moins, esthétiquement parlant, très soigné : Wakamatsu filme ce couple, dans ce frustre décor, sous tous les angles, s'attardant aussi bien à détailler ce corps féminin désiré et torturé qu'à nous montrer ces deux corps constamment en lutte, comme pris au piège entre ces quatre murs de béton. Wakamatsu utilise, avec art, les ficelles du genre érotique pour faire passer toute la fougue de son discours engagé et révolté; un scénario à double fond bien troussé, un aspect formel recherché : de petits moyens pour une efficacité maximum. Le meilleur film sur le braconnage.