18994816_w434_h_q80Changeling est un film 100% Eastwood : ça ne révolutionne en rien le cinéma, mais c'est d'une telle élégance, d'une telle sensibilité qu'on ressort conquis de ce mélodrame à l'ancienne. Celui-ci ne fera peut-être pas date dans la filmographie du sieur, mais tant pis, le but est atteint : nous faire verser notre chtite larme, nous entraîner dans une histoire parfaite, et regarder des acteurs précieux et convaincants.

La reconstitution, d'abord, force le respect : on est dans les années 20, et Clint réussit à merveille à rendre crédibles ses décors, grâce avant tout à une photo magistrale, très "décolorée", légèrement sépia, qui nous laisse au début sur une curieuse impression de noir et blanc teinté. Les costumes et les maquillages, superbes (le rouge à lèvres d'Angelina Jolie est traité avec un fétichisme bon-enfant qui émeut), sont visiblement très étudiés, on pense souvent aux tableaux d'Edward Hopper, et ils épousent 18994814_w434_h_q80cette minutie très artisanale dans la reconstitution de l'époque. Même les détails un peu plus appuyés (les références aux Oscars de l'époque, les petits détails parfois un peu scolaires) ne gènent pas dans le tableau : le film est superbe visuellement, toujours crédible, toujours beau. Au sein de ces peintures désuettes, Eastwood filme une histoire absolument tragique, qui réserve son lot de grands moments d'émotion, de surprise, de violence et de révolte. Les rebondissements de l'histoire sont vraiment incroyables, et on suit ce drame social bouche bée : le petit personnage principal (une femme à la recherche de son enfant, et bringuebalée par une police hermétique et corrompue) vit des évènements révoltants, et on suit ça avec la rage au ventre, avide de la voir se sortir de ces situations kafkaiennes, dans une profonde empathie envers elle. Le scénario, en ce sens, touche à la perfection : on est dans une écriture à l'ancienne, efficace, cursive, classique, mais suffisamment terrible pour nous emporter avec elle.

18994801_w434_h_q80Le savoir-faire du Clint n'est plus à démontrer, et on serait en peine de trouver à redire à cette fresque à la fois ambitieuse et modeste. Sa direction d'acteurs est encore une fois impeccable : Angelina Jolie est fragile, incroyablement juste, touchante, ne jouant jamais "au-dessus" de son personnage, restant simple même dans les très nombreuses scènes casse-gueule ; Malkovitch poursuit son jeu trouble, entre gène et grandeur d'âme ; et les enfants, qui occupent une grande place dans l'histoire, sont dirigés avec une grande justesse, notamment ce petit serial-killer (je n'en dirai pas plus) torturé par son âme et désemparé face à la violence du monde. Les personnages secondaires sont malheureusement parfois très caricaturaux, chef de la police filmé dans l'ombre et très épais, petits flics verreux, médecin odieux, criminel suant et libidineux. Clint les oublie un peu trop, nous indiquant trop souvent quoi penser, de quel côté nous placer. C'est d'autant plus dommage que les rôles principaux 18920690_w434_h_q80sont dotés d'une belle ambiguité qui les rend surprenants. Par ailleurs, le film contient des scènes très impressionnantes, qui s'ancrent fortement dans le regard (notamment, éternel retour, une scène d'éxécution très frontale).

Un film comme d'habitude d'une honnêteté morale et intellectuelle sans faille, beau et tragique, un film d'acteurs passionnant, qui manie la modestie et le professionnalisme avec une sensibilité constante.  (Gols - 16/11/08)


On est dans le mélo, c'est indéniable, le spectateur, mais également cette pauvre Angelina Jolie qui pleure, quand même, une séquence sur deux : son enfant a disparu (larmes d'effroi), la police refuse de l'aider avant 24 heures (larmes d'étonnement), on lui annonce qu'on a retrouvé le gamin (larmes de joie), merde c'est po le sien (larmes sèches... si, c'est possible), elle part dans un hôpital psychiatrique (larmes de douleur, d'horreur et de changeling_affconsternation...)... et je pourrais comme cela continuer mon long chapelet sur les 2h20 du film. On se demande presque au final s'il n'y a pas qu'au taff, sur ses patins à roulettes, qu'elle s'éclate. Avec ses grands yeux mauves de biche hybride, il faut reconnaître qu'il est tentant de faire de gros plans sur ses cils humides (qui papillonnent sublimement) et j'en ferais personnellement ma grande favorite pour les Oscars, connaissant les règles du jeu - on verra bien. Sinon, c'est vrai qu'on sent toute la classe du Eastwood qui se permet des mouvements de caméra toujours d'une belle amplitude; on a droit par ailleurs à une musique qui, bizarrement, fait penser aux premières notes de Que reste-t-il de nos amours... (po vraiment le sujet d'ailleurs...) mais qui demeure relativement discrète même dans les pires moments d'émotions. Dans le fond, c'est finalement du Eastwood pur jus avec ce combat pour faire triompher la vérité, cette terrible abnégation de son héroïne : à défaut d'y gagner quelque chose, il y a comme une certaine satisfaction à voir tomber ceux qui sont pourris jusqu'à la moelle (le petit sourire de l'Angelina à la fin du procès, jouissif). C'est sans aucun doute d'une parfaite facture mais j'allais presque dire et "c'est tout" - mais c'est pas forcément vrai; je garderais d'ailleurs en tête ce passage infernal où ce "petit serial killer", comme l'appelle l'ami Gols, se met à creuser sous les ordres du policiers avec, à la fin de la séquence, cette prise de vue à la verticale comme si un quelconque Dieu assisté, impuissant, à cette horreur humaine proprement inimaginable. Eastwood  ne semble pas se faire d'illusion sur l'infinie noirceur dont peut faire preuve l'être humain, son film baigne d'ailleurs dans l'ombre, mais tente malgré tout, sur le fil, de rester sur une micro-note positive. Comme un desesperado qui finirait par sourire, un parfait pessimiste-optimiste : un vrai cinéaste gentleman, si j'osais, et si jamais cela pouvait signifier quelque chose.  (Shang - 11/02/09)

All Clint is good, here