origine_21_siecleCette commande du festival de Cannes pour célébrer l'entrée du cinéma dans le nouveau millénaire est forcément l'occasion pour Godard (il dit bien "pour moi", on est prévenu...) de prendre le contre-pied de tout glamour et de toute glorification festive. Sur une légère musique au piano assez entêtante, Godard remonte de 1990 à 1900 en chapitrant son film à rebours par période de 15 ans. Deux phrases comme ça, choppées presque au hasard, donnent la tonalité : "Les hommes pris en masse jouent toujours le jeu de quelqu'un d'autre, jamais le leur" ou encore "Rien n'est plus contraire à l'image de l'être aimé que celle de l'Etat, dont la raison s'oppose à la valeur souveraine de l'amour". Sans vouloir faire un catalogue des différents extraits de film ou de reportages (ce qui est ridicule vu que le sens vient surtout du télescopage même des images entre elles et avec le texte), on assiste à un enchaînement de plans relativement violents (la pendaison des Ceausescu puis une femme qui se fait pisser dans la bouche... oups), monceaux de cadavre et autres séquences pornographiques, qui contrastent avec des images plus légères, notamment de nombreuses séquences de danse. Beaucoup d'images de mort donc, d'images de foules et de corps de femmes plus ou moins dénudés. Godard semble surtout privilégier les images "en mouvement" - personnages qui courent, trains qui passent, on a même droit au chtit gamin dans Shining dans sa petite auto filmée au ras du sol...-, comme s'il cherchait à condenser (rétrospectivement... 21716544ouais c'est complexe) la fuite en avant de ce siècle. Il faudrait le revoir 2341 fois pour tout saisir mais malgré tout quelques secondes fugaces restent imprimées (eh oui le danger des images...) comme ces images de guerre sur le Vietnam suivis du "Qu'est-ce que c'est dégueulasse?" de Jean Seberg; ou encore ce passage sur l'Eden, le jardin des délices, images de joie et de bonheur et la voix off qui énonce "et vint la première interdiction, [il ne faut pas faire] ceci sous peine de mort" : viennent des plans sur des jambes qui marchent, puis d'autres attachées à un boulet, pour finir sur une image de cadavre qu'on traîne par les pieds... Même la dernière seconde possède son poids d'ironie godardienne avec ce "Canal + ou -". Pas de doutes qu'il a dû encore en prendre plus d'un de court...   (Shang - 19/03/08)


Sans_titre2Pas grand-chose à ajouter, si ce n'est qu'une fois de plus, Godard propose un poème crépusculaire de toute beauté, énigmatique comme il se doit, romantique à mort, et curieusement apaisé malgré la violence du fond. L'arrivée dans le nouveau siècle n'est pas vraiment un moment de joie pour le gars, qui en profite une nouvelle fois pour parler de la mort du cinéma et de l'abandon du monde au chaos. Si ses images téléscopées finissent par établir des correspondances inattendues entre elles (la petite voiture de Shining en fondu enchaîné avec un camion qui roule en marche arrière, la photo de Marilyn couplée avec celle de Kennedy, le regard d'une petite fille qui part vers le haut suivi par un plan sur des avions de guerre et d'autres enfants terrorisés par les bombes), on a l'impression d'un magma sans ordre, comme pour témoigner d'une incompréhension du monde. Le cinéma de JLG des années 2000 est peut-être contenu entièrement là-dedans : tenter de faire retrouver une cohérence esthétique à un monde éclaté et perdu. Les bribes du XXème siècle servent ici de testament, et l'émotion écalte à chaque nouveau plan, à chaque note de musique, par l'attention amoureuse que Godard accorde aux moindres détails d'une image, à sa force d'évocation. De l'Origine du XXIème Siècle est un film immense, qui nous vient tout droit d'outre-tombe.   (Gols - 02/08/08)

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