Voilà le genre de film qui doit révulser le brillant auteur de Mémoires d'un Apathique, puisque il fait18767139_w434_h_q80 indéniablement partie du genre CFI (Cinéma français Intimiste), avec tout ce que ça comporte d'acteurs qui font la gueule, de dialogues à rallonge dans les cuisines, et de marivaudage tortueux. Et c'est vrai que je peux parfaitement comprendre que Les Chansons d'Amour énerve : il est l'archétype du film bobo, intellectuel et raffiné, cultivé et parisien. Et encore une fois, après Dans Paris, Honoré ne sait pas démarrer son film, le faisant plonger dans la première partie dans tous les pièges du genre. La faute entre autres à Ludivine Sagnier, énervante, mal distribuée, et dotée d'un personnage fatigant (la fameuse femme-enfant, berk) qui change d'humeur comme de petit ami.

Seulement, face à elle, il y a Louis Garrel. Et là, c'est du très 18767697_w434_h_q80très grand. On avait déjà le pressentiment que cet acteur n'était pas comme les autres. Là, il est plus que génial, électron libre, laissant éclater une fantaisie et un décalage qui emportent sans problème le morceau. La référence semble bien être Léaud, et il est souvent franchement à la hauteur, brisant dans la légèreté les obligations de son personnage, démentant sans cesse les lourdeurs de ses dialogues, toujours à contre-pied de ce qu'on attend. Grâce à lui, et aussi à la fantaisie de Clotilde Hesme et à celle de Brigitte Roüan, le film décolle miraculeusement au deuxième tiers, et dès lors ne nous lâche plus. Honoré prouve une nouvelle fois la beauté de son regard quand il s'agit de regarder la ville, les garçons, les filles,18767695_w434_h_q80 l'amour. La photo du film, surprenante, et la malice de sa mise en scène, faisant entrer dans le cadre des centaines de clins d'oeil, de références bon enfant, de taquineries littéraires ou cinéphiles, font de Les Chansons d'Amour un petit trésor de sensibilité, entre mélancolie et bonheur d'aimer. La caméra est comme prise dans un flux d'énergie, et l'amour évident du cinéaste par rapport à ses décors, aux gens, aux bruits et aux lumières de sa ville, fait plaisir à voir.

Les chansons d'Alex Beaupain, peut-être un poil nombreuses, sont parfaites elles aussi, textes très joliment rythmés, 18767137_w434_h_q80musique kitchounette mais ravageuse, et très bien chantées par ailleurs. Elles amènent au film cette tristesse poignante qui le sort du simple exercice cérébral, et apportent (en même temps que les larmes aux yeux, je suis un grand sensible) les références nécessaires à Demy (déjà soulignées par la présence de Chiara Mastroianni, qui en profite pour citer aussi La Dolce Vita). Peu importe le sujet, à la rigueur, peu importe ce marivaudage agrémenté d'une histoire de deuil ; le scénario n'a que peu d'importance face à la maîtrise d'Honoré, et à sa sensibilité d'écorché vif. Un écorché vif qui se mouche dans des mouchoirs de soie, certes, mais qui pourrait lui reprocher d'être un garçon issu du riche Occident ? Essai transformé, puisque c'est la mode, après le beau Dans Paris.   (Gols 09/09/07)


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Pas vraiment surpris de voir à quel point l'ami Gols a la main lourde avec le film de Lioret (les ficelles ont la taille de poteaux de rugby, faut bien l'avouer), mais presque un peu déçu qu'il ne l'ait pas plus avec le film d'Honoré, plus tendance certes (c'est pour être dur...) mais d'un parisiano-parisien, sentimentalo-sérieux qu'on croyait enterré -déjà à l'époque des années 80 voire 90- depuis longtemps. Ces mini drames d'adulescents nombrilistes qui marchent super bien, la tête haute, dans les rues de Paris, franchement, on se demande parfois si le cinéma français ne s'arrête pas au périph. Heureusement, oui, il y a Garrel qui pompe Léaud (c'est mieux comme référence dans le genre que Jean Carmet) et Clotilde Hesme, qui font preuve de beaucoup de naturel et de constantes petites trouvailles dans leur jeu, les chansons qui sont joliment troussées... mais franchement je ne vois pas bien en quoi il y a un quelconque renouveau dans le genre. Je suis abattu encore et toujours de voir Chiara Mastroianni jouer le même personnage depuis 30 films, d'assister à une intro où on filme des clodos dormant sur le trottoir pour faire genre "réalisme social" quand le film se débat avec des égo incapables de voir plus loin que le bout de leur nez, d'évoquer des "histoires d'amour" quand celles-ci demeurent uniquement superficielles et se résument à des coucheries (Garrel, bis repetita, après Dans Paris - l'escalade, dirait mon collègue pour faire un clin d'oeil avec humour). Je ne dis point qu'il n'y ait ici ou là deux trois petites répliques sympathiques, presque drôles, mais l'ensemble reste plombé par des personnages qui se prennent finalement tellement au sérieux sous leurs grands airs qu'ils en deviennent stéréotypiques de cette France monolithique. Ca se regarde, mouais (pas bon tout de même quand je commence à jouer avec mon chat lors de la dernière demi-heure) et ça s'oublie aussi vite qu'une chanson d'amour qui passe à la radio. Pas vraiment enthousiasmé ni ému...   (Shang 29/04/08)

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