Préparez vos mouchoirs, en guise de transition avec l'article précédent...

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Philippe Lioret sait taper sur la corde sensible (ah les histoires de famille, c'est jamais simple ni évident ma bonne dame) et c'est peut-être là où réside aussi l'une des limites du film... (non, je n'avouerai point ma sensiblerie!!!). C'est marrant en tout cas que ce soit mon collègue chinois de ciné-club qui m'ait filé ce film, comme un pied de nez à mes propres racines.

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Lioret s'appuie en tout cas sur un excellent casting, Kad Merad, en tête, qui dans ce rôle de père (dépassé ou héroïque?) est d'une crédibilité époustouflante. Un bon point également pour Mélanie Laurent tout en naturel dans ce rôle de post-ado bien de son temps. Cette famille de banlieue parisienne a une réelle épaisseur et la direction d'acteurs de Lioret n'y est sans doute pas pour rien. Néanmoins, on est jamais loin de la caricature, ou tout du moins du cliché: ces parents scotchés devant la télé -Patrick Sébastien quand même!, l'idole des jeunes et d'une France qui gagne...- , ces patrons de Shoppi racistes, ces clientes de supermarché souriantes comme Poutine, ces fiestas d'ados où personne n'a grand chose à se dire, ces rosbifs du dimanche et ces barbecs brûlés, je ne nie pas leur existence, disons simplement que c'est une image un peu réductrice et donc facile de la France (bon je dis ça mais ça fait aussi 8 ans que je n'y habite plus... hum... pour en arriver à voter Sarko faut en effet quand même tomber bien bas... Bon mais je veux continuer d'y croire!). Du coup, même lorsque Lioret parvient à mettre dans le mille -qui ne s'est jamais engueulé comme du poisson pourri avec ses parents ?, quel fils ou fille ne leur jamais reproché d'être plan-plan, etc... -, on voit un peu trop les ficelles grosses comme ce lotissement de "Truman Show", dixit l'héroïne. Je pense d'ailleurs que mon collègue aurait la main un peu plus lourde que moi sur ce genre de film (mais je peux me tromper, hein), alors que pour moi vu à 10.000 km, il y a toujours une chtite nostalgie qui tente de pointer sa tête à la moindre occasion (je peux vous raconter ma vie sinon...) Bref, avouons avoir été touché par cette trame définitivement dramatique (mon ptit coeur qui bat), à défaut d'être bouleversé (demain ce sera dans un coin de l'étagère) et de reconnaître un quelconque style à l'ensemble.   (Shang - 01/07/07)

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je_vais_bien_5"Je pense d'ailleurs que mon collègue aurait la main un peu plus lourde que moi sur ce genre de film", écrivait mon camarade. Réponse du collègue : oui. Plusieurs heures après ma vision de cette daube en tube, je suis encore pêté de rire au souvenir de certaines répliques ou de certaines mines de Kad Mehrad (décidément bien plus drôle ici que quand il est en duo avec O'). C'était sûrement pas l'effet escompté par Lioret, mais je n'ai pas pu m'empêcher de me taper sur les cuisses devant le sérieux papal de ce scénario qui rappelle le bon vieux cinéma des années 70, concerné et grave mais finalement poilant (Enrico, Arcady, Pinoteau, pour citer les plus grands cinéastes français de l'époque).

Classement de mes moments préférés : 3 ) Mélanie Laurent qui ferme son visage en s'adressant à son prétendant benêt : "Qu'est-ce tu veux ? M'faire l'amour ? (arrachant son chemisier) Eh ben vas-y sers-toi !". 2 ) un plan de la même "actrice" qui regarde la mer sur la musique infâme d'Aaron, avec un air mélancolique qu'aurait refusé mes élèves comédiennes de seconde. 1 ) Apprenant la mort d'un des personnages, un gars dit à Mehrad : "Mais putain, qu'est-ce qui s'est passé ?" et l'autre, très concentré, qui murmure : "L'escalade"...

Les acteurs sont en effet remarquables pour arriver à servir des dialoguJe_vais_bien_ne_t_en_fais_pas_2005_3es aussi ridicules avec un tel sérieux. On dirait un de ces sketches à prendre au 8ème degré, une de ces parodies de cinéma français. Chaque scène ébahit dans sa tendance systématique à devenir immédiatement un cliché : les disputes inter-générationnelles, la scène de grève de la faim de Mélanie Laurent (qui pulvérise le budget maquillage), la famille plan-plan qui regarde la télé en mangeant, le barbecue, les rêves petits-bourgeois du père, le gamin qui s'en fout de la société moderne et qui va jouer de la guitare en Bretagne... Le tout servi par une mise en scène dégueulasse : des cadrages totalement absurdes mais si tendance (une scène de bar, où Lioret tente de doper son bête champ/contre-champ par un cadrage improbable qui place ses acteurs dans un angle de l'écran), un montage fait avec les dents (la mère, en gros plan : "Tu veux un thé ?" / cut / la fille en gros plan : "Non merci" / cut / la mère : "bon"... on frôle le vide tarkovskien), une façon d'utiliser la musique qu'on croyait morte depuis Richard Clayderman. Les acteurs, ridicules, n'ont que des choses super-simples à jouer, le père blessé mais buté, la fille rebelle mais sensible, la mère victime et désolée. Bien sûr que Kad Mehrad est bon, mon voisin du dessous (3,5 de QI) le serait aussi dans ce rôle écrit pour un comédien des Amis du Théâtre de Sartrouville.

Quant au scénario, il est carrément insupportable. Chaque fois que Lioret veut être sérieux, il est au mieux schématique, au pire renversant de maladresse. Il s'est prévu un joli retournement de situation dans le dernier quart-d'heure (qui ne s'en doutait pas depuis une heure ?), et se concentre là-dessus, oubliant totalement d'écrire le reste. A ce niveau-là, c'est même plus des clichés, c'est des moules industriels. Lioret creuse lui-même sa propre tombe pendant une heure, avant de se faire carrément marchand de pelle en fin de film. Ca s'enfonce dans les marécages de la psychologie à deux balles, avec un regard sur la jeunesse qui jevaisbien3ut7ferait croire que le gars s'est exilé sur une île déserte depuis 40 ans (tous les jeunes sont beaux et sains, incroyable) et un regard sur la bourgeoisie condescendant et archétypal (Patrick Sébastien, le costume de Mehrad, les repas familiaux, tout semble sorti d'un sketch de Chevalier et Laspalès). Bref, Je vais bien ne t'en fais pas est un navet inregardable, mais qui pourrait bien, dans quelques années, devenir un film-culte, un de ceux dont on se répète les répliques avec un sourire béat, un peu comme une chanson sentimentale de Frédéric François. Rien qu'à voir la photo ci-contre, j'ai déjà un fou-rire qui monte. "Mais qu'est-ce qui s'est passé ? L'escalade..."   (Gols - 29/04/08)