ukigusa_1_Pas de changements radicaux dans cette seconde version si ce n'est que la troupe arrive en bateau (mouais), que le leader de la troupe ainsi que sa maîtresse sont relativement plus agés que dans l'original, et que la photo couleur Kazuo Miyagawa, si elle apporte de l'éclat, fait perdre un peu de charme à l'ensemble (c'est purement subjectif d'autant que les couleurs du film sont éblouissantes... mais bon on est nostalgique ou on ne l'est po...)

Dans cette seconde version Ozu s'attarde un peu plus sur la vie de la troupe - scène humoristique d'un acteur qui drague la fille du barbier et qui finit par se faire raser par une matronne, qui, on le découvre dans un plan suivant, coupera l'importun ; séquence également sur la plage où la troupe sous une chaleur écrasante essaie de tuer le temps et prend à partie un avion qui passe dans le ciel pour qu'il livre des Suntory -, mais reste fidèle, notamment dans toute la fin, à l'esprit de la première mouture. Le leader de la troupe, Komajuro (et non plus Kihachi) est joué de façon un peu plus virulente et explosive par Ganjiro Nakamura; cela donne encore plus de relief à cette scène de dispute sousukigusa018yx_1_ la pluie, lorsque sa femme vient lui rendre visite chez son ex-maîtresse: chacun se positionne d'un côté et l'autre de la rue, des trombes d'eau, les dissimulant en partie, s'écoulent des toits, et derrière ce voile protecteur le passé peu glorieux des deux ressurgit violemment - réglement de compte égrainé par goutte de pluie, sous-titre de la séquence... La jeune actrice qui séduit le fils de Komajuro est jouée elle par Ayako Wakao (belle comme le jour) et Ozu trouve une très belle idée pour la première rencontre: elle se rend elle-même à la poste où il travaille et quand le fils lui demande quelle est son message, elle lui répond: "Rendez-vous dehors", "Destinaire?" fait-il, "Toi" répond-elle - c'est léger et cela passe sur du velours. Peut-être moins d'instant de comédie ou d'émotion pure dans les dernières scènes, Ozu ne s'amusant pas forcément à refaire plan pour plan sa première version - ainsi plutôt que de filmer systematiquement les acteurs séparement, il montre le fils de dos (pris en contre-plongée, comme d'hab) avec à sa droite et sa gauche son père et sa mère, comme s'il devait faire face à ses devoirs - celui-ci aura tout de même le courage de critiquer ce père absent qui finira par reconnaître ses torts.

floatweeds_screen1_1_Il est intéressant d'étudier les infimes variations sur ce même thème d'Ozu, qui semble s'amuser parfois à prendre une légère tangente (le fils ne hoche plus la tête quand sa mère l'interpelle en lui disant "ton père?" - il semble compatir intérieurement; Komajuro, à la fin, lorsqu'il son amie vient dans un geste de réconciliation lui allumer sa cigarette, résiste quelques secondes de plus - comme si chacun était encore plus sûr de ses positions, de ses motivations, comme si chaque caractère était encore plus aiguisé)... Que dire enfin de l'un de ces premiers plans, celui du phare et de la bouteille, un concentré de l'esthétique d'Ozu, qui s'amuse à faire un double de sa propre oeuvre, en gardant la même ivresse, le même pouvoir d'attraction et de fascination.

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