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Un film fleuve tchèque (2h50, ça occupe) qui conte les pérégrinations d'un enfant (juif) en Europe de l'est au cours de la seconde guerre mondiale. Un film remarqué à Venise l'an dernier qui bénéficie d'un noir et blanc sublime ; le moins qu'on puisse dire, sinon, c'est que la vie de ce pauvre bambin sera plutôt agitée, les diverses rencontres qu'il fera en cours de route pouvant se caractériser par une évidente violence (morale et physique) dont il sera victime : des populations racistes, des boches peu amènes, des cosaques brutasses, des Russes pas toujours bourrés d'empathie… notre gamin sera brutalisé plus souvent qu'à son tour. Des excès de violence qui sont d'autant plus brusques que le film se déroule dans un silence (très peu de dialogues) pesant. Marhoul soigne tous ses cadres, livre un montage magnifiquement fluide et les soudaines montées en puissance (une violence dont sont victimes aussi bien les êtres humains que les animaux) laissent souvent exsangue tant elles sont glaçantes. Notre jeune héros qui, dès le départ de l'histoire, semble avoir oublié à jamais son nom va faire des rencontres, c'est le moins qu'on puisse dire, relativement formatrices : des types à la dure qui le font bosser comme une bête de somme, des pédophiles, des militaires pervers, des femmes nympho, des paysans sauvages, des sorcières... La liste est longue et l'on serre des dents à chaque nouvelle rencontre, ne sachant trop à quelle sauce le gamin va finir par être mangé... On se demande d’ailleurs tout du long s'il va finir par sortir vivant de ce bourbier, la seule chose dont on soit sûr, pour le moins, c'est qu'il n'en sortira pas indemne psychologiquement... Une véritable traversée de l'enfer sur terre.

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S'il fallait garder une scène particulièrement symbolique, ce serait celle qui donne au film son titre : l'un des hommes qui prend notre jeune héros sous son aile amasse, dans des cages, des oiseaux ; un jour, il peint en blanc les ailes d'un oisillon avant de le lâcher dans les airs ; rapidement, la pauvre bête attire dans le ciel ses congénères qui vont fondre sur lui avant de le becqueter à mort... Notre gamin, solitaire, jeune, innocent, juif, va subir en fait le même type d'attaque, comme si chacun profitait aussi bien de son âge que de ses origines. Rares sont ceux, tel ce curé diminué par la tuberculose (Harvey Keitel, la surprise du chef - à noter aussi, en guest star, la présence de Udo Kier, de Julian Sands, de Stellan Skarsgård dans rôles souvent guère reluisants...) ou ce militaire boche qui a pitié de lui, qui vont véritablement chercher à aider notre pauvre gamin. Après un léger temps d'observation, le gamin se retrouve en effet vite prisonnier du monde des adultes et doit trouver des subterfuges plus ou moins radicaux (en livrant, par exemple, le type qui le viole à une nuée de rats - à bon gros dégueulasse, bons rats) pour parvenir à s'extraire de situations particulièrement scabreuses et ignobles... Notre petit homme, quoi qu'il en soit, a vite compris que la vie était cruelle, les animaux, notamment, n'étant guère à la fête : de cette pauvre fouine en feu (dans la séquence d'ouverture) à cet oiseau sacrifié, en passant par ce cheval ou ce bouc mis à mort, nos amis les bêtes ont tôt fait de réaliser que l'homme est un loup pour l'animal... Les hommes et les femmes, toujours créatifs lorsqu'il s'agit de se venger, font indéniablement très fort : qu'une bouteille soit introduite de force dans le sexe d'une femme ou qu'un homme fasse preuve de ses talents de sniper, les leçons de vie sont fréquentes pour notre petit bonhomme qui n'en demandait pas autant pour parfaire son apprentissage de cette vie de chien.

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Marhoul tente de trouver un subtil équilibre entre ces instants d'errance à l'esthétique soignée et ces scènes particulièrement marquantes aussi bien pour la rétine que pour les esprits sensibles (le corbeau est un animal dangereux mais finalement pas plus qu'une petite cuillère... passons) ; il y a peut-être un petit côté poseur (une sorte d'affèterie esthétique si on veut), voire une légère complaisance dans la mise en scène du « mal » mais ces réserves (pour la route) sont loin de gâcher le plaisir pris à la vision de ce périple aux aventures multiples et aux allures de montages russes (les bas étant plus fréquents que les hauts). Une œuvre sans date de sortie jusqu'alors en France mais que je vous conseille fortement - pour peu que vous ayez le cœur suffisamment accroché et que vous soyez fan des cinéastes dits esthétisants. La cruauté humaine dans toute sa splendeur et à prix coûtant (no low cost, dit-on aussi).   (Shang - 18/08/20)

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Exploration du top 2020 de Shang, chapitre 1. Vous me trouvez tout dubitatif devant ce long film beau comme un camion plein et vide comme un camion vide. On ne peut nier le talent, voire le génie parfois, du regard de Marhoul, qui réalise un écrin suprêmement beau, sur les traces de Tarkovski ou de Dreyer. La mise en scène du film est spectaculaire, et d'autant plus valable qu'elle ancre cette histoire dans un univers un peu fantasmatique, un peu onirique, qui le rapproche des contes de fées. Conte de fées horrifique, puisque les étapes de la "résilience" de ce môme sont autant d'étapes de chemin de croix, le gamin tombant de Charybde en Scylla. Chaque nouvel épisode le plonge dans une nouvelle horreur, le film tendant à prouver que quoi qu'il arrive, l'homme (et son épouse) sera toujours un monstre de violence, de bêtise, d'inhumanité, de brutalité, de jalousie, de pulsions sexuelles torves et de domination envers son frère (et ses animaux de compagnie). Peu de monde à sauver dans ce magma, et même les plus positifs (le prêtre, le soldat mutique, le nazi qui épargne l'enfant, la femme qui tente le coup de l'amour avec lui) s'avèrent finalement au mieux décevants (Keitel le renvoie à ses souffrances alors qu'il sait), au pire peut-être encore plus dangereux que les autres (le soldat qui lu apprend la loi du talion, la femme qui joue sur sa jalousie). Ce qui commençait comme un conte, comme un voyage initiatique, se trouve assez vite enfoui sous cette horreur qui marque tous les rapports humains, et on finit par se convaincre que chaque nouveau chapitre va nous faire découvrir une nouvelle calamité et point final. Ce qui ne manquera pas d'arriver. Marhoul filme ça dans la splendeur d'un noir et blanc raffiné, trouvant à chaque fois le bon angle pour rendre toute son esthétique à une mort brutale ou à une torture raffinée. Mais le travelling ne serait-il pas une affaire de morale, comme dit l'autre ?

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Tout ce bazar certes magnifique à regarder est au service d'un film creux, qui ne dit rien d'autre que "l'homme est un monstre, et regardez comme je le filme bien". Rien d'étonnant à retrouver au générique quelques acteurs de Von Trier : il y a le même sens de la provocation, le même jusqu'au-boutisme que chez le Danois diabolique. Mais Von Trier parvient la plupart du temps à dévoiler une morale, une éthique, un sens dans ses délires picturaux ; ici, point. La complaisance dans la violence, le goût rigolard de la surenchère (j'ai cru au moment de la partie "Udo Kier" à une comédie), le nihilisme un peu puéril de la vision de l'humanité, le sadisme gênant avec lequel il traite son petit héros, tout ça fait douter de la viabilité du projet ; qui finit par s'enterrer tout seul quand pointe le délicat et difficile sujet de la Shoah. Tout le parcours de l'enfant aboutira à découvrir qu'en parallèle, son père a subi bien pire que lui ; c'est un peu court. Tant que le film reste dans l'imaginaire, avec ses ogres, ses reines méchantes, ses monstres et ses pères indignes, on accepte à la rigueur d'être malmené ainsi ; dès que l'Histoire, la vraie, fait irruption là-dedans, on cesse de rire et on se lamente de ce côté putassier qui consiste à faire du plus grand massacre du XXème siècle un spectacle esthétisant (l'assassinat d'une mère portant un bébé constituant le sommet de la dégueulasserie du film pour moi). Ça semble pourtant bien être le seul but de The Painted Bird : nous en mettre plein la vue (et certes, ça fonctionne), peu importe ce qu'on raconte, peu importe la réflexion, peu importe le matériel utilisé pour ce faire. On reste devant le film pendant 2h50, parce que oui, il est brillamment réalisé, mais on en sort avec un petit goût amer dans la bouche, comme si on s'était fait manipuler pour de très mauvaises raisons. Crapoteux et superbe, dirais-je...  (Gols - 04/01/21)

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