BAC Nord (2021) de Cédric Jimenez
Eh oui, nous aussi on peut voir des gros films qui tachent et qui marchent... parfois. On le regrette, certes, mais on le fait. En préambule, il serait bon de préciser une bonne fois pour toutes que flic est un boulot de merde, un peu comme chanteur de rue : des heures à écumer les rues, à faire chier le quidam qui passe et au final, aucune reconnaissance bordel !!! Jimenez fait un constat simple, sans aucun parti pris : comment se fait-il que trois flics qui se donnent corps et âmes à leur métier finissent en prison ? Oui, alors c'est vrai, ils taxent la drogue aux consommateurs mais, attention, uniquement pour payer leurs informateurs - et avec l'autorisation verbale de leur supérieur... Comment, hein, comment, finissent-ils par se retrouver accusés après avoir en plus arrêté un gang ??? Je vous le demande... Parce que la hiérarchie se chie dessus au moindre petit problème ? Parce qu'on ne respecte plus le type sur le terrain, intéressé, planqué dans son bureau, uniquement par les chiffres et l'absence de scandale ? Gabegie, moi je dis gabegie et non respect du flic - surtout que dans les cités ben ça y va, ça consomme à plein, ce sont de véritables zones de non-droit... Le discours est connu, simpliste, sponsorisé par Alliance croirait-on... Jimenez ne semble intéressé que par une chose : montrer que le flic est toujours de bonne foi, est efficace, a une éthique mais merde quand toute la société part en vrille à quel saint se vouer ? Cela semble pire que l'éducation nationale, presque. Un discours donc qui plaira à ceux qui aiment les discours populistes et manichéens à mort. Bien, ça c'est fait.
Sur la forme sinon ? Jimenez dope son film à l'action, aux courses-poursuites, aux flingues qui se brandissent tarantinesquement, aux injures qui se lancent (j'ai compté 362 "fils de pute", avec un quasi match nul entre les forces de l'ordre et celle du désordre - la pute est féconde, indéniablement). C'est sport, c'est fun et frais (ah si, on écoute même du Michel Berger), c'est violent aussi comme il se doit ; entre deux actions coup-de-poing, on a droit en bonus à une histoire de trio de potes qui se chambrent, pleurent ensemble, picolent ensemble - du Sautet moderne (alcoolisé) s'il y avait de véritables dialogues. Au centre de ce trio, l'Homme avec un grand H, la brute, le type dévoué, le type pur : Gilles Lellouche ; le poil ras, la gouaille en sus, l'innocence meurtrie, Gilles est notre flic - il se bat, sans moyen, contre les vilains, et putain, va comprendre Charles (Pasqua), il se retrouve accusé !!!! Tu lui mets une coquille sur la tête, il incarnerait Caliméro comme personne. Mais ne soyons pas mesquin et avouons que dans ce genre de rôle où il faut foncer sans réfléchir notre G. L. est relativement crédible. Au final, donc, une œuvre menée tambour battant et qui plaira forcément aux ennemis de la nuance. Pour les autres, il tournera tristement à vide. Maudit Lel(l)ouch(e). (Shang - 21/09/21)
M'est avis que Jimenez a dû être surpris par la polémique et les soupçons de populisme qui ont entouré la sortie de son film. Non, parce que le film, lui, sur son cahier, c'était marqué ça : "dé flic tire sur dé dileurs marseyais et après il lé zarrète". Et il ne voyait guère plus loin que ça, lui. Fanatique de Bronson pus que de Dreyer, le gars voulait réaliser son film bourrin à deux neurones à lui, et il n'a pas vu l'écueil : on ne peut pas ainsi pratiquer un manichéisme bas du front et s'en tirer indemne en 2021. Du coup, oui, on lève les yeux au ciel devant la profonde crétinerie de ce film, qui trouve super fin de déifier les flics et de vouer au diable les habitants du quartier Nord de Marseille. Ah ils sont pas bien fins, les flics en question : ils se chambrent sans arrêt, ils affichent des postures viriles, ils se font des concours de bites, ils fument leurs clopes le regard dans le vague, enfin c'est l'école Ventura-Delon 2.0. Mais quand même on les aime bien, parce que les pauvres, ils travaillent dans des conditions de merde, ils ne sont plus respectés, ils sont débordés et sous-payés. Et puis face à eux, il y a une jeunesse abandonnée à elle-même, qui n'a plus que deux mots de vocabulaire (fils et pute), qui trafique sans jamais être punie, qui les provoque sans arrêt. Non, vraiment c'est pas facile, et on voit bien où sont les gentils. Alors forcément faut que ça pète, et ça c'est chouette, Jimenez aime bien les flingues, les cris et les mecs qui défoncent des portes. Un discours ? Euuuuh attendez laissez-moi réfléchir. Ah oui : ouais, y a des zones de non-droit. Comment ça, ça suffit pas ?
Bon, je n'accablerai pas Jimenez qui a juste l'air d'être un pauvre con. Et je noterais même que son film, pris pour ce qu'il est (un film d'action), est efficace et spectaculaire. On suit sans déplaisir les aventures de nos trois policiers dans la jungle marseillaise, en bénissant le ciel d'habiter Pézenas. Les scènes d'action sont pas si mal faites, dans l'esprit d'aujourd'hui, plans de 3 milli-secondes, du bruit et de la fureur partout, et François Civil peut même parfois apporter un tout petit poil de nuance au personnage binaire qu'on lui demande d'interpréter (dans ses rapports avec son informatrice notamment, une fillette à l'accent urbain impossible, mélange de nez bouché et de zozotement). Mais à part ça, quand même, on peut soupirer devant ce cinéma hors d'âge qui sanctifie la virilité tout en muscles de ces messieurs (Lellouche est une caricature de cow-boy à deux neurones), ne voit pas plus loin que le bout de son nez et continue tranquillement à nous montrer, comme au temps des navets de Delon ou de Chuck Norris, la société comme un théâtre de guerre où s'affrontent deux camps, celui des bons (même s'ils sont mal rasés et buveurs de bière) et celui des drogués. Complètement con, ce film. (Gols - 04/03/22)




