Introduction (2021) de Hong Sang-soo
Une cuvée d'Hong une nouvelle fois assez minimaliste (à peine 65 minutes au compteur, un fil scénaristique très ténu) et s'il y a peu de véritables scènes mémorables, c'est sans doute parce que c'est dans les creux que le film trouve son rythme : il sera ici question de plusieurs introductions-présentations (une mère présentant une amie peintre à sa fille, une autre mère présentant un ami acteur à son fils), autant de rendez-vous qui prendront rapidement des allures de rendez-vous manqués (la fille ayant du mal à justifier son choix d'étudier la mode devant une artiste incrédule, un fils quant à lui qui se fera purement et simplement engueuler par un acteur qui ne comprend pas certains de ses choix...) qui s'inscrivent dans une histoire d'amour elle-même... ratée. Les deux personnages principaux vont en effet, au final, se retrouver séparés : elle choisit de partir en Allemagne pour suivre ses études, il la suit dans la foulée pour lui rendre une visite surprise mais (après un fondu au noir rare chez Hong), on comprendra qu'il n'a pas réussi à s'installer lâ-bas, qu'elle s'est mariée avec un autre. C'est une trame qui repose finalement surtout sur des dissonnances : un dialogue père-fils impossible (séquence number one), une incompréhension mére-fille palpable (séquence number two), et une formidable vrille entre un acteur reconnu et un acteur aspirant (le héros) ; c'est forcément l'un des (petits) sommets du film, un de ces moments comme on les aime chez Hong : une table de resto, un repas de plus en en plus arrosé, des convives qui tentent d'échanger et soudainement l'envolée terrible de l'un d'eux qui ne peut contenir sa patience, ses émotions face au sujet débattu. Petite cerise sur le gâteau, on aura aussi droit à une scène de rêve (comme d'hab, ce n'est qu'après coup qu'on se rend compte que), une scène joliment apaisée qui amène une petite touche de douceur au film.
Alors sinon, restons calme et lucide, ne nous emballons malgré ce noir et blanc soigné, ces zooms millimétrés (petit flou sur notre acteur quand il s'énerve ? Vous êtes bien pointilleux, revoyez Cassavetes, merde), cet insert onirique charmant en bord de mer, on est loin d'être devant un chef d'oeuvre (ce n'est point parce que Hong a une patte particulière qu'il faut s'enflammer devant chacune de ses productions - de la maîtrise, oui, une touche d'originalité malgré tout, mais on obtient ici au mieux qu'une belle introduction à son oeuvre). Une oeuvre légère en trois actes qui laissent juste sur la langue une pointe de regret, un petit goût amer (de sel ?) désuet. C'est toujours bon à prendre dans un monde (qui fout le camp ? qui fout le camp, d'accord) où l'on ne débat dorénavant indéfiniment que d'impasse sanitaire. (Shang - 21/08/21)
Comme toujours il y a ce petit ton faussement amateur dans les films de Hong, un air de ne pas y toucher qui peut parfois énerver, parfois toucher. Ici, il touche, peut-être parce que son film est court et hyper-modeste, peut-être parce que les acteurs sont excellents, peut-être parce que je suis bien luné. Le compère ne dévoile pas tout son jeu et ne le dévoilera jamais : ça reste mystérieux, dans les intentions et dans l'exécution, et c'est très bien comme ça. On assiste donc intrigué à cette succession de scène a priori déconnectées les unes des autres, constatant que chacune a son charme, que chacune développe une trame secrète émouvante. Peu à peu le film se construit, presque malgré Hong qui met son point d'honneur à brouiller les pistes, à raconter dans le désordre, à introduire des scènes de rêve au sein d'une séquence, à couper juste avant que la scène atteigne son paroxysme. Hong aime les puzzles, mais malgré tout, on finit par faire le lien entre toutes ces séquences, on comprend que l'un aime l'autre, que l'une est la mère de l'un, etc. Et on finit par apprécier cette petite histoire, qui en fait est une succession d'échecs subits par le héros, jeune homme débonnaire confronté tour à tour à une copine, un ami, une mère, un faux père, un vrai père, enfin ballotté par la vie mais qui garde le cap. Tout ça est fait dans un très beau noir et blanc, dans des cadres parfaits, enfin c'est un très joli travail tout en retrait. (Gols - 14/01/22)




