Vincent mit l'âne dans un pré (et s'en vint dans l'autre) de Pierre Zucca - 1976
Mmmm, un peu dubitatif face à cette chose réalisée par Pierre Zucca, pas vraiment claire au niveau de ses intentions (mais en a-t-elle ?) mais tout de même plaisant, allez comprendre. On regarde ce film se dérouler sans aucun souci, amusé par les pitreries de Luchini ou l'étrangeté du scénario, mais on se retrouve au bout du compte un peu perplexe : qu'est-ce que ça raconte réellement ? Doit-on voir là-dedans une savante allégorie qui m'aurait pour le coup complètement échappée, ou doit-on se laisser aller au simple plaisir du jeu, du divertissement, d'une histoire simple racontée avec astuce et entrain ? Si vous avez la réponse, écrivez à Shangols qui transmettra, mais je dois l'avouer : malgré mon intelligence supérieure, je n'ai pas trop saisi où on voulait m'emmener cette fois-ci.
Dans un style trépidant, Zucca nous raconte les atermoiements de Vincent (Luchini), fils d'un sculpteur soi-disant aveugle (Michel Bouquet, survolté) qui se comporte comme un enfant : farceur, menteur, à l'humeur très changeante, celui-ci a un retour de jeunesse, puisqu'il se trouve une maîtresse beaucoup plus jeune que lui (Bernadette Lafont). Vincent plonge donc dans les questionnements par rapport à sa propre vie, ses relations tendues avec Bénédicte (Virginie Thévenet, excellente), ses éternelles hantises sur la fidélité, son rapport avec son père, son incapacité à sortir de l'enfance. De saynètes en saynètes, drolatiques et fantaisistes, notre Vincent se confronte avec lui-même et son rapport à sa propre vie. Le tout est filmé dans une atmosphère très étrange, familière et en même temps doucement dingue, réaliste dans les sentiments décrits mais déconnectée de la réalité dans ses détails. Le fait même d'avoir fait du cocon familial une demeure démodée envahie par les statues du paternel (qui fabrique aussi bien des nains de jardin que des copies de David), la direction des acteurs (notamment Lafont, très mystérieuse et inattendue), le montage très étrange, lent et enlevé à la fois, tout ça vous plonge dans une ambiance très parallèle, à cheval entre le rêve et la réalité. On ne tombe jamais vraiment dans le premier, on n'est pas chez Raoul Ruiz, et Zucca sait tenir son film dans les limites de la vraisemblance ; mais on n'est jamais non plus dans la seconde, tant les idées qui constituent vaille que vaille l'histoire sont barrées.
S'il faut vraiment trouver un cousinage chez Zucca, c'est du côté de Rivette qu'il faut chercher à mon avis. Même sens du jeu dans la construction des films, même aspect labyrinthique, même goût du lâcher-prise. Mais Zucca ne recherche pas le sérieux de ses collègues de la Nouvelle Vague. Son film est totalement libre, écrit dirait-on au fil de la plume, comme si les situations se présentaient en un ordre aléatoire que le gars raccorde au wagon précédent. La visite mystérieuse d'un Allemand manchot, un mécène séducteur, une soirée avec une jeune fille qui pleure, la rencontre de deux gamines comtessedeséguresques, le film accumule les séquences sans vraiment chercher à former un ensemble. Bon, c'est pas grave : il y a suffisamment d'éléments poilants pour satisfaire, entre le Luchini qui hurle et la Bernadette et son œil qui frise. On s'en contentera donc.



