House of Hummingbird (Beolsae) (2019) de Bora Kim
L'adolescence est l'âge des doutes mais ne serait-ce pas avant tout l'âge des déceptions ? C'est une des conclusions possibles de ce film qui ne fait pas loin de 8h, au niveau du ressenti (130 minutes en vrai), qui suit à petits pas ceux d'une jeune fille coréenne coincée entre ses parents, ses premières amours, ses amis... tous affreusement déceptif... Du même coup, on a un peu l'impression que la chtite a tout du chat noir... Heureusement, une prof qui donne des cours dans un institut privé, tente autant que faire se peut de lui sortir la tête de l'eau, partageant avec elle quelques tendres moments d'écoute et de conseil. Mais sorti de là, mon dieu que la vie est duraille pour cette pauvre chtite... Il y a tout d'abord ce père, peu affectif, qui n'a d'yeux que pour l'ainé - les deux autres, les donzelles, il s'en fout un peu, s'en préoccupant au besoin quand il faut les pourrir... Il y a cette mère, pas méchante, mais tristement ailleurs, surtout depuis qu'elle a perdu prématurément son frère... Il y a ce premier petit copain avec sa coupe au bol, les deux pieds dans le même sabot sauf lorsqu'il s'agit, si l'opportunité se présente, de flirter avec une autre... Il y a sa meilleure amie, qui la lâche dès lors qu'elle se retrouve dans une situation tendue... Il y a ce frère, cet ainé, ce grand con, qui lorsqu'il en a l'occase, la coince dans sa chambre pour la frapper... Il y a cette autre adolescente, très jeune et très tendre, qui aimerait vivre avec elle sans doute un peu plus que des regards (très joli moment, tout en tact et en fébrilité, lorsqu'elle se rencontre la première fois et échange leur contact)... Mais non, l'occasion passera vite, elle ira aussi voir ailleurs... Il y a cette joue, pourtant c'est fidèle une joue, qui va lui jouer des tours en abritant un début de grosseur inquiétant...
Bref, l'adolescence, l'âge de l'insouciance ? Tu parles, l'âge où tout va de traviole, ou rien ne semble vouloir rentrer dans les cases... Seule cette prof tombée de nulle part, attentive, attentionnée, est là pour saupoudrer notre jeune fille de pensées positives et de micro-philosophie utile. Mais c'est un petit rayon de soleil (fugace ? Fugace qui plus est) au milieu de nuages bien noirs. Bora Kim filme l'ensemble sur la pointe des pieds, sans chercher l'exploit sportif de la caméra qui virevolte ou du pathos excessif, mais livre un film au final, certes tout en tact et en mesure, un peu plan-plan. On sent qu'elle prend un certain soin pour narrer les petites mésaventures de cette jeune fille, un peu trop effacée, vite écrasée par le poids de cette vie (familiale, amicale et amoureuse) franchement bancale. Seulement, ce film manque un peu de nerfs, à l'image des petites musiques un peu trop mollassonnes qui viennent régulièrement s'inviter dans cette histoire amère-amère. Une tentative de portrait (de cet âge si tendre et si brutal) un peu trop dans les règles manquant franchement de sang.


