The coming War on China (2016) de John Pilger
Le titre est un brin alarmant, mais le doc permet au moins à John Pilger de revenir sur quelques gros dossiers ricains qui permettent d'affirmer que Trump n'est jamais que le dernier maillon d'une belle bande d'enfoirés. Pilger, dans sa démonstration tentant à montrer que les nombreuses bases américaines entourent totalement la Chine dans le Pacifique, nous amène tout d'abord dans les îles Marshall, haut lieu des essais nucléaires américains dans l'après-guerre. La France, certes, n'a pas de grandes leçons à donner sur ce point vus les essais effectués aussi bien en Polynésie qu'en Algérie. Il n'en demeure pas moins que les Ricains sur l'île paradisiaque de Bikini (les deux bonnets sont tombés depuis) se sont indéniablement conduit en parfaits salopiots. "Vous allez participer, gentils sauvages (sic), à une expérience qui permettra d'assurer la grandeur des Etats-Unis à l'avenir"... Bien sûr, du sacrifice d'animaux sur l'île durant les essais à l'infamie qui s'en suit (les habitants de l'île retournent chez eux alors que l'endroit est contaminé à mort : parfait pour que les Américains puissent conduire en condition réelle des tests sur ces gentils cobayes qui finiront d’ailleurs par être évacués sur le Rainbow Warrior (hmmm) des gars de Greenpeace). Pilger, en nous montrant les effets dévastateurs de ces essais sur la population au cours des ans (dépigmentation, cancer de la thyroïde, enfants mort-nés ou présentant diverses malformations...) démontre en trente minutes le côté sans foi ni loi de nos amis d'outre-Atlantique (qui sont pourtant sympa : tu peux gratuitement aller à l’hôpital pour connaître quelle est ta dose de plutonium dans le corps – c’est facile de critiquer toujours…). Le cinéaste n'hésite pas d'ailleurs, lorsqu'il évoque les dépenses militaires dans le nucléaire de l'Armée américaine à mettre tous les présidents ricains dans le même panier, jusqu'au gars Obama dont les dépenses dans ce domaine (malgré de beaux discours apaisants) se chiffrent en centaine de milliards. Bref, une première partie difficile à avaler.
Pilger, ensuite, s'intéresse à la poussée économique de nos petits Chinois, tentant dans ses interviews de faire avouer leur dévotion au capitalisme (réponse intéressante et maline d'un ptit gars entrepreneur qui nie, avec le sourire, les faits : le capitalisme, c'est lorsque les entreprises ont plus de pouvoir que les politiques : Trump ne devrait pas le démentir - après l'idée d'un parti communiste incorruptible peut tout autant faire grincer des dents ; l'autre petite répartie saillante du gars mérite aussi de s'y arrêter trente secondes : "en Occident, vous changez d'hommes politiques et jamais de politique ; nous, c'est exactement l'inverse" – assez bien vu…) ou d'emmener la discussion sur le massacre de Tienanmen. Les personnes interrogées tentent à chaque fois de démontrer que l'Occident a des préjugés envers l’Empire du milieu qui ont la vie dure (le petit Chinois est pacifiste, la preuve, il a construit muraille contre barbares et ne cherche point à étendre son influence dans la région…) mais le Pilger, qui a pourtant roulé sa bosse, demeure sceptique (Le Chinois est fourbe, putain, on le sait). Une petite parenthèse "analytique" où l'on sent à quel point chacun reste sur ses positions et ses certitudes. Le doc nous emmène ensuite dans la foulée au Japon et en Corée où fleurissent les bases américaines. Là aussi, Pilger n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat en évoquant les différents scandales et autres impacts négatifs dus à cette présence (avion militaire qui s'écrase sur une école, multiples viols commis par les soldats, développement des bordels...). Autant d’exactions condamnables qui ne rendent les Ricains guère populaires dans la zone… On finit le reportage en admettant que si la guerre n'est pas pour demain (22 janvier 2017), les Ricains sont déjà prêts à jouer les petits "arbitres menaçants" dans cette partie du monde ; on se rassure d’autant en se disant que bien entendu avec Trump, on a quelqu'un de particulièrement posé et de stable à la Maison Blanche... Hein ? Bon, ok, Pilger nous aura prévenus.



