Werner Herzog eats his Shoe (1980) de Les Blank
Bon, je sais, "pointu", "nécessaire", ok, mais à ce point... est-ce bien utile ? Attention, ce court-métrage est plus futé qu'il n'y paraît. Au départ un pari de Herzog (apparemment coutumier du fait, vu qu'après la brûlure d'un acteur sur le tournage des Nains aussi ont commencé petits, il avait promis de se battre avec un cactus si le nain s'en sortait sain et sauf - bilan, une épine à vie dans le genou du Werner qui prend la chose placidement), qu'il avait fait au documentariste Errol Morris s'il parvenait à achever son premier film (ok Bas*ien, je mange une tong). Herzog est homme de parole et après avoir accommodé soigneusement la paire de pompes (ail, oignon, graisse de canard, sauce pimentée,... ingrédients complets sous le tag "recettes") s'attaque à son pari devant le public venu assister à Gates of Heaven (excellent docu par ailleurs, qui, à partir du thème des cimetières pour animaux domestiques, montre tout le pathétique de nos chers contemporains dans notre bonne société capitaliste où les émotions s'effritent...). Derrière l'aspect clownesque, Herzog insiste sur la nécessité de passer "à l'acte" lorsque l'on veut réaliser un film; ce pari, certes stupide, est d'une part une preuve d'encouragement du cinéaste qui a toujours respecté son pote Errol. Mais le plus important pour lui, c'est que dans un monde, ravagé par les talks-show et les images de pub, on finit par perdre complètement contact avec la réalité. Si un film ou un docu ne va jamais révolutionner le monde, il peut, d'après Herzog, changer sur le long terme la "perspective", la façon de penser du téléspectateur. Ce pari, finalement, est presque une profession de foi envers la valeur du cinéma - celui fait à partir de convictions profondes... Et pis, comme le rappelle le Werner, il a déjà survécu au KFC, une pompe (sans la semelle, précise-t-il, pince sans rire, on mange pas les os dans le poulet...) ne peut pas être pire. Cuir ?
Burden of Dreams (1982) de Les Blank

Si Klaus Kinski est un peu timbré dans le film, que dire de Werner Herzog auquel il faudrait couper deux jambes et deux bras avant qu'il considère la partie comme perdue - et encore. Les merdes, il les a toutes: de la dysenterie de son acteur principal -Jason Roberts, on est avec toi- après 40 % du tournage, à la défection de Mick Jagger pour cause de retard dans le tournage en passant par l'attaque d'indigènes (un camp cerné et quelques flêches dans le cou et les jambes de ses figurants, pas cool, un avion qui s'écrase, les rumeurs les plus folles colportées par les journaux, les périodes de sécheresse, la boue, l'enfer de ces trois putains de bateau - celui qui flotte, celui qui grimpe et celui qui part dans les rapides- la défection d'un ingénieur qui estime que les dangers sont trop grands (il faut voir Herzog continuer de se tâter quand l'autre lui annonce une possibilité de 30-40 morts sur une scène si elle foire),... bref la liste est longue et plus d'un réalisateur se serait tiré une balle après 6 mois; mais non le Werner veut aller jusqu'au bout, c'est justement là que réside tout l'intérêt du projet, quitte à y laisser sa chemise, ses envies, son goût de vivre - ça manque quand même les Allemands dans le cinéma actuel avec ce genre de projet complètement barré... Il faut voir l'écoeurement du Kinski qui à force de tourner en rond sur 10 mètres carré de jooongle pourrait bien bouffer un glouglou tout cru, ou encore la nonchalance d'un Herzog qui justifie à la fois la présence de prostituées sur le tournage, vomit toute sa rancoeur sur les problèmes qu'il rencontre et continue malgré tout à évoquer son attachement à cette jungle merdique et belle. Lorsqu'on se rend compte que pour hisser le bateau sur la colline, ce fut encore plus difficile en réalité que dans le film, on prend conscience de la folie totale du projet. Il y a également quelques mots du Werner sur la présence de différentes tribus amazoniennes sur son tournage: celui-ci annonce avec une grande tristesse qu'il doit s'agir d'un des derniers films joués avec ces tribus locales qui sont amenées à disparaître sous l'écrasement du progrès et des grandes compagnies d'exploitation forrestière; s'il se refuse tout de même à faire un film à valeur éthnologique, se tenant à sa métaphore de départ, l'on ressent dans son regard tout l'attachement qu'il a pour ses peuples - sûrement la plus belle partie de l'aventure même s'il a la pudeur de ne pas l'admettre. Werner, c'est toi le grizzli.

