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Un inédit de Romero de sa grande période, invisible depuis des années et récemment retrouvé ? Je dis oui, et j'aurai même tendance à brailler OUIIIIIIII tant la nouvelle est bonne, tant le gars a su nous souffler avec sa Nuit des Morts-vivants et son Zombie, deux pierres de touche situées de part et d'autre de ce Amusement Park. Point de cadavres sanguinolents ou de borborygmes gutturaux ici, pourtant : nous sommes dans le confort bariolé et bon enfant d'une fête foraine. Mais ce lieu va se transformer en enfer, et le film en véritable film d'horreur, quand un bon grand-père décide d'aller y faire un tour pour s'amuser. Cette société, c'est bien connu, refuse la vieillesse, et envoie les petits vieux crever dans l'indifférence complète. Le parc d'attraction du film étant à l'image de la société, il va devenir peu à peu un véritable camp concentrationnaire pour notre senior et ses condisciples, transformés en victimes tête-de-turc des attractions foraines.

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C'est par une scène assez proche de la schizophrénie que s'ouvre le film, après une introduction de commande destinée à honorer le contrat des commanditaires du film. Dans une pièce blanche, un vieillard tout amoché reprend son souffle sur une chaise ; entre son double, habillé pareil mais tout guilleret, qui lui propose de sortir s'éclater. Devant le refus du blessé, voilà notre papy parti seul à l’extérieur, dans ce parc trop joyeux pour être honnête. La scène fait peser une sourde menace sur l'ensemble du métrage, puisqu'on comprend que notre ami se dirige vers l'état qu'il vient d'entrevoir. On pénètre dans un épisode de Twillight Zone, filmé hystériquement par un Romero plus que jamais amoureux des sons stridents, des décadrages et des plans bizarres. Humilié, nié, bousculé, maltraité, battu, notre grand-père, malgré sa bonhomie et son immense besoin d'affection (la scène très troublante où il lit un conte à une petite fille) va se trouver complètement exclu de la société de divertissement un peu rêvée / un peu niaise qui lui est proposée. Même quand certains stands sont "ouverts aux vieux", c'est pour les exploiter, les utiliser, les escroquer un peu plus. Quant aux autres, ils leur sont complètement fermés, comme si la seule présence de veilles personnes dans un tel contexte tenait du scandale. Voilà qui répondait à la commande proposée à Romero : "sensibiliser aux difficultés de la vie des personnes âgées" ; mais voilà ce qui a dû faire grincer quelques dents à l'arrivée.

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The Amusement Park a peut-être autant d'impact que Zombie mais il est un véritable film d'horreur sans monstre, à ciel ouvert, dans un milieu a priori innocent en festif. Il en annonce en tout cas pas mal de motifs, depuis l'invasion des motards jusqu'aux enfants maléfiques, et pas mal d'effets de style : la patte-Romero est là, avec ces images dérangeantes, ces bizarres visions horrifiques, cette façon de rendre le moindre personnage torve, cet amour des sons saturés, cette manière de faire entrer l'horreur dans le quotidien. A un rythme proprement étouffant (d'autant que le film dure 55 mn, ça ne traîne pas), on enchaîne les saynètes de plus en plus morbides et décalées, dans un ton définitivement ironique et un humour résolument noirissime, et on découvre alors qu'avant même les zombies décérébrés, une autre tranche de la population pouvait se voir privée de raison et de jugement : les vieux. Un cauchemar dopé par le ton néo-punk de Romero : une petite merveille.