arton45290Je ne connaissais point la série dont je découvre l'existence en cherchant l'illustration du livre... Y'a t-il matière à ? Disons a priori oui puisqu'on est là face à un bon vieux roman américain qui fait la part belle aux oubliés, aux petites gens, dans une région (La Pennsylvannie et les ruines de la sidérurgie) qui après avoir connu des temps fastes (toutes proportions gardées) se retrouve dans un marasme économique plombant... Nos deux héros principaux, pourtant, Billy Poe et Isaac English, auraient pu grâce à leur talent (l'un grâce au foot américain, l'autre par ses seuls résultats scolaires) se sortir de cette inertie, de leur famille partie en lambeaux pour rejoindre une université... Pour diverses raisons (l'un pour gagner quelques sous, l'autre pour s'occuper de son père souffrant), ces deux anciennes valeurs sures du coin ont choisi de stagner dans la région... Lorsqu'Isaac décide enfin de se faire la malle, il passe voir une dernière fois son pote Billy pour qu'il l'accompagne sur le premier tronçon de route... La pluie s'invite, ils trouvent refuge dans une usine désaffectée, tombent sur trois types louches et c'est le drame... Billy est menacé et Isaac trucide l'un des trois quidams... C'est le début d'un long calvaire : Billy, à cause de deux-trois antécédents, se retrouve en prison ; Isaac, lui, reprend la route et aura l'occasion de croiser toute sorte de personnes plus ou moins bien avisées... Parallèlement à leur chemin de croix, on suit la trajectoire de Lee (sœur d'Isaac et ancienne amante de Billy), fille brillante qui est revenue pour un temps dans la région, de son père Henry bloqué sur un fauteuil, de la mère de Billy, Grace, et du flic du coin, Harris, amant de Grace... Des protagonistes un peu à la ramasse qui vont tenter de sauver ce qu'il y a encore à sauver dans cet univers branlant...

Si Meyer n'est pas franchement dans la tradition d'un certain lyrisme des grands espaces ricains (ses descriptions tournent un peu court, manquent de souffle), il parvient tout de même ici à nous rendre attachant, à donner du volume, à ces personnages de beaux losers (Lee est peut-être la seule à être parvenue à s'extraire de ce monde, mais elle ne vit pas franchement dans un bonheur radieux, rattrapée par le passé). On sent dès le départ que le sceau de la malédiction a marqué cette région et que les derniers rejetons valables vont devoir batailler ferme pour s'extraire de cette suie qui leur colle à la peau : la masse Billy se retrouve après un concours de circonstances regrettables dans une geôle de haute sécurité parmi des malfrats sortis tout droit de l'enfer (quand tu es condamné pour plusieurs peines à vie, tu n'as plus grand chose à perdre...) tentant jusqu'au bout de trouver les ressources pour ne pas trahir son ami - peine perdue ? Quant à Isaac, loin de connaître les chemins de la liberté, il ne cesse de tomber sur des os, comme s'il devait payer le prix de sa fuite. Meyer, sans avoir une plume de grand guerrier, trousse un roman noir, ou disons couleur rouille, relativement bien tressé, narrant le destin menant nos héros de Charybde en Scylla avec une certaine verve, un certain allant : belle petite plongée dans l'envers de l'American dream où la route a perdu de son mystère et où chaque erreur se paye violemment comptant. Pas si mal.