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On enchaîne avec un petit dessin-animé qui revient sur cette sympathique idéologie communiste telle qu'elle fut exploitée entre les mains des khmers. Il faut rééduquer les gens... Quand cela part comme ça, c'est souvent les plus abrutis et les moins diplômés qui ont la main et qui vont en faire chier dur comme fer à leurs congénères - sous l'autorité et le contrôle de l'idéologie, du parti, of course, under your eyes. Shou, Chen (pardon, c'est ma tendance bretonne), Khuon sont un gentil petit couple avec enfant de trois ans. A peine le temps de s'enfiler tranquillement un repas que l'annonce survient à la radio comme un coup de trique : les khmers ont envahi la capitale ! D'où exil à la campagne, rizière et séparation... Bouarf, c'est tout ? C'est tout, c'est tout, tu vas voir que t'es pas au bout de tes peines. Etre séparé de son gosse, c'est déjà une chose, mais t'oublies ensuite la malnutrition, les coups, les viols, les exécutions sommaires, les coups de putes de tes propres camarades, la fatigue, la solitude, la lassitude, les viols, tiens, again, pour te remettre sur le droit chemin, les doutes, la mort omniprésente, etc... Notre couple va tout connaître de ces différents malheurs, de près ou de loin, et va devoir coûte que coûte survivre, ensemble, parfois, séparément, souvent... Jusqu'aux retrouvailles finales et à l'exil en d'autres terres ? Je serais toi, je ne me frotterais pas les mains d'avance dans l'espoir d'un quelconque dénouement heureux : on est face, là, à un génocide, c'est beaucoup plus préoccupant et alarmant que l'infirmerie du PSG.

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Denis Do parvient, ce qui constitue un véritable tour de force, à rester sobre, précautionneux, à faire montre d'aucun voyeurisme pour être précis, tout en nous faisant ressentir quand il le faut la violence au quotidien. Des simples traits du visage qui se tirent, des coups de feu en off qui retentissent, des yeux filmés en contre-champs qui prennent soudainement pleine conscience de l'horreur à laquelle ils assistent (le champ devenant hors-champ), des  cris de douleurs, des cris d'impuissance et cette pauvreté morale et intellectuelle qui détruit tout... Même les liens au sein d'un même famille : quand il n'y a plus rien à faire, plus rien à espérer, on peut encore chercher à se déchirer en interne ; Do n'a pas besoin de charger son dessin pour être au plus près du réalisme des situations : il peut se contenter ici ou là de capter des couleurs (celles, orangées, d'un coucher de soleil, celles, gris métallisé, d'une pluie torrentielle) pour faire ressentir l'atmosphère particulière de cette terre soudainement abandonnée des dieux. Il n'y a plus de loi, si ce n'est celle du plus fort, une loi aux mains des personnes les plus sottes. Chute morale des petites gens qui tentent de survivre, perversion absolue des responsables khmers qui tentent de tirer profit de leur position. C'est tenu, tendu, rude, rugueux, tout cela avec un dessin "à la ligne claire" qui n'a pas besoin d'en suggérer plus qu'il n'en faut. Belle réussite et bel éclairage sur une époque - à consommer sans modération à partir de douze ans, disons (même, pardon, surtout, si on est communiste dans l'âme).

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