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Pas facile de découvrir ce film sans avoir en tête le spectre du Frantz de Ozon (un de ses derniers films les plus tenus, pour ne pas dire le seul) ; on cherche donc malgré tout à le sortir de notre esprit, tentant d'apprécier à sa juste valeur ce drame du roi de la comédie, ce bon Ernest. On pourrait découper le film en trois volets très inégaux par leur longueur : la confession terrible du héros, Paul, à ce curé un peu trop débonnaire (oui, ben mon gars, tu as tué un type pendant la guerre, je te donne l'absolution et oublie tout ça... COMMENT ?, hurle notre Paul... Ouais, ok, pars en mission en Allemagne pour le repos de ton âme, amen, c'est sans doute plus sain). Paul, toujours sous le choc de cet instant crucial de sa vie (le « meurtre du soldat »), arrive tout fébrile en Allemagne... Il marche sur des œufs, prêt à faire dès le départ sa confession aux parents et à la fiancée du type qu'il a tué… mais il se reprend et se prend à la joie des autres, tout content de sa visite : « Alors, il était comment la dernière fois que tu l'as vu ? »... Paul oublie son malheur en donnant du bonheur à cette famille tombée depuis la fin de la guerre sous le coup de la dépression (lorsque le père lui prend la main, on ne peut s'empêcher de repenser à l'image du film de Pabst maté hier... comme une solidarité soudaine et inattendue dans le malheur) ; une seconde partie qui est également remarquable par la saillie du père face à ses vieux amis anti-français (mais ils ont souffert tout comme nous, les Français, et qui a envoyé à la guerre nos propres fils, hein ? - le titre original prend alors comme une autre dimension) et par la mise en scène de Lubitsch des commérages qui semblent résonner dans tout le village : la chtite s'est amourachée d'un Frenchie, roooohhh... Paul, dans la dernière partie, est vidé, au bord de la rupture mais trouvera un appui miraculeux et inattendu en la chtite allemande : cette dernière accuse certes le coup quand elle apprend qu'il a tué son fiancé mais se reprend quasiment dans la seconde pour sauver tout le monde du naufrage ; le mensonge est un peu gros (omettre d'annoncer la nouvelle aux parents) mais le bonheur de tous est à ce prix : pour survivre mentalement, il faut savoir ne pas endosser toute la responsabilité des horreurs de cette guerre où l'on ne fut jamais qu'un pion, une victime...

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Première partie où l'on sent Paul en écorché vif, deuxième partie où notre homme se fait rapidement dépasser par les enjeux (l'accueil des parents, l'amour évident de la chtite, tout comme d'ailleurs les commérages dont il est la cause) et dernière partie qui sonne comme une rédemption inimaginable - rien ne se passe comme il l'avait vraiment planifié, mais au final c'est sans doute pour le meilleur. Lubitsch, dans la partie centrale notamment, ne cherche pas les effets faciles (terrible tout de même ce plan sur un arche vide alors que résonnent encore le pas des jeunes soldats qui partaient en guerre : l'engouement va-t-en-guerre a laissé la place à un vide intersidéral) mais trousse en moins de soixante-quinze minutes un drame totalement maitrisé : plus jamais cela, nom de nom, se dit-on chez Lubitsch comme chez Pabst en ce début des années 30... Jusqu'à ce que l'histoire bégaie son aveuglement.

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