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Petite émotion à la nouvelle vision de ce film, tout d'abord parce que c'est l'un des plus grands films sur l'envers de la boxe, ensuite parce qu'il s'agit du dernier film du gars Bogart et enfin parce qu'il clôt notre cycle films noirs ricains : 34/64 (mais bon, je vais continuer de dénicher quelques perles dans le genre, don't worry). Alors oui, on sent bien que Bogart, le visage amaigri, n'est pas à son mieux mais il peut partir la tête haute œuvre sur cette œuvre digne. Même s'il incarne un type qui se vend (il s'occupe de la publicité d'un boxeur géant et tocard... qui gagne tous ses matchs parce qu'ils sont achetés d'avance...), il parvient sur la ligne... à se racheter : il distribue toute sa thune (pourtant durement acquise) et revient à "ses véritables amours" : sa femme (Jan Sterling) et le journalisme. Pendant tout le film, Bogart baisse la tête, cherche des compromis, fait le tampon entre les mafieux et le "champion" (grand couillon des Andes pas méchant pour un rond) ; comment en est-il arrivé là à jouer les serpillères ? toute sa vie, il fut intègre... mais cela ne l'a pas empêché de perdre son job et de se retrouver avec des clopinettes. Il décide donc, sur un coup de poker, de gagner gros tout en rognant sur ses principes. Ce n'est pas glorieux, il le sait, il encaisse, il serre des dents... jusqu'au moment où il explose moralement.

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Face à un Bogart réservé, tout en nuances, (on voit bien, de toute façon, que, s'il s'énerve, il ne finit pas le tournage), il y un extraordinaire Rod Steiger, genre de Joe Pesci vintage. Le type est un escroc, un mafieux de la pire espèce : il te noie tellement de parole, le gars, que tu finis forcément par saisir la main qu'il te tend pour "te sauver". Steiger se lance dans un numéro fantastique de baragouineur qui te saoule jusqu'à ce que tu lui aies acheté un container de chaussettes. Le type excelle à prendre chacun à partie pour se lancer dans une grande démonstration sans queue ni tête, sans aucun rapport avec la réalité : il ment, le salopiot, comme il respire, mais au final tout le monde finit par lui donner gain, juste pour qu'il arrête de causer. Un enragé, un bonimenteur, un Eric Z. dans le milieu de la boxe... Outre ces deux figures, place au milieu de la boxe (pourri jusqu'à la moelle : un boxeur intègre c'est aussi rare qu'un homme politique avec des convictions), place au ring et aux combats truqués (le géant est aussi élégant sur un ring que Carlos sur des patins à glace et les hommes qui tombent sous ses coups sont aussi crédibles que des clowns). C'est farcesque jusqu'au combat final sans pitié, jusqu'à la boucherie, la charcuterie, le dépeçage, le scalp de faciès... Notre champion veut résister et tombe sur un rouleau compresseur. Bogart est écœuré. Les mafieux, eux, font la fête et parlent gros sous pendant que le boxeur tente de réparer sa mâchoire (le muscle sans le bagou, laisse tomber…) sans avoir gagné le moindre kopeck (géniale idée en passant que celle de ce type qui prie avant d'aller au combat et finit les bras en croix sur le ring...). Le milieu de la boxe, pris en flagrant délit de magouille, en sort KO. Un film (au beurre) noir qui montre magistralement l'envers du spectacle, tout le pathétique de ce sport dont les acteurs principaux sont des marionnettes en foin. Bogart peut partir tranquille et rejoindre les Dieux du cinéma.

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