Django unchained de Quentin Tarantino - 2013

C'est toujours un pied complet de se taper un Tarantino, que voulez-vous... C'est beau, c'est fun, c'est drôle, c'est dangereux et c'est cool. Avec ce Django unchained, on a en plus l'impression d'un film-somme, un bilan de tout le cinéma du compère depuis ses débuts, aussi bien esthétiquement que symboliquement, et c'est peu de dire que le plaisir est grand : voilà du cinéma total, du divertissement ++ qui garde toute sa foi dans les bonnes vieilles recettes, qui se moque des nouvelles tendances techniques et des scénarii à ficelles ; son seul but est de nous transformer en enfant ébahi devant notre écran, et le but est largement atteint.

A la fois remake de Corbucci et relecture en bien meilleur du film de Miike dans lequel jouait Quentin (Sukiyaki Western Django), Django unchained est donc un western spaghetti, si on veut, qui se piquerait également de donner une vue de l'Amérique du milieu XIXème, et par la bande de l'Amérique d'aujourd'hui, tout en dressant un état des lieux de l'oeuvre tarantinienne depuis le début. Chacun des films du bougre est présent, dans les détails, dans les personnages : la fascination pour la torture de Reservoir Dogs, la tchatche et la violence de Pulp Fiction (appuyées par la présence en clone inversé de Samuel Jackson, extraordinaire), le personnage principal de Jackie Brown (tout aussi taiseux, tout aussi noir, tout aussi opaque, Django représente à lui tout seul le cinéma de blaxploitation), la thématique de la vengeance et les excès chorégraphiques de Kill Bill, et surtout tous les motifs de Inglorious Basterds. Dès le départ, Tarantino fait le lien avec ce dernier, en présentatnt une "relecture" de sa scène d'ouverture : Waltz, haïssable de brutalité sirupeuse dans le film de guerre, joue ici exactement le même rôle, et exactement la même situation (désigne-moi celui qui se cache)... mais cette fois son dandysme, son élégance, sa tchatche raffinée sont au service d'un personnage positif. Magnifique de voir Tarantino revenir vers cet acteur pour en redéfinir entièrement la moralité, tout en en gardant les spécificités. Comme dans Inglorious Basterds, par ailleurs, il va s'agir ici, aussi bien pour les personnages que pour Tarantino lui-même, de régler par le cinéma un problème historique majeur : on butait Hitler dans le précédent opus, grâce à notre seule foi en le cinéma ; cette fois, on va régler son compte à l'esclavagisme, avec la même naïveté, le même premier degré. C'est sûrement ça qui est le plus touchant dans ce film : voir Django buter des méchants, et voir Tarantino réécrire l'Histoire comme un petit gamin.

Le film est éminemment moral, entièrement indigné, d'une sincérité totale. En gros, il peut se résumer à : Tarantino trouve que l'esclavage, c'est moche, et il va donc faire payer les esclavagistes. Le jeu de massacre est jouissif, on retrouve les sensations du théâtre de Guignol, où les vilains se prennent des coups de gourdin. Tarantino a l'intime conviction, ça saute aux yeux, que le cinéma peut changer les choses, et son insolence est d'autant plus belle qu'elle est frontale : on passe du rap de gangsta, des hymnes de Woodstock ou des pamphlets de Johnny Cash sur des scènes de massacre où les Noirs butent des Blancs ; on multiplie les dialogues racistes pour mieux les faire exploser sous les balles ; on réemploie Jackson pour en faire un immonde esclave asservi à son maître ; on ridiculise les membres du Ku Klux Klan et leurs cagoules mal ajustées ; on massacre du raciste par paquets de douze. "Entends la voix des Juifs" disait Mélanie Laurent dans Inglorious Basterds en annihilant le nazisme ; "Entends la voix des Noirs" pourrait-on entendre ici. C'est le même esprit, à la fois bon enfant et profondément indigné, à la fois ludique et très sérieux.

Comme en plus le film est un magnifique hommage au genre, de Leone à Peckinpah, et que l'habileté technique du Quentin n'est plus à prouver quand il s'agit de copier les motifs du cinéma d'antan, le spectacle est total. Mise en scène extraordinaire pour ce qui est du rythme, de la juste place de la caméra ; sens du dialogue et de l'étirement des scènes jusqu'à l'étouffement ; direction d'acteurs excellente (de Di Caprio en ordure complète à Jamie Foxx en héros mythique) ; cadres beaux à se damner (la puissance du 35mm, la beauté de l'écran large, avec lequel il joue là aussi en vrai candide (une porte s'ouvre, hop on change de format)) ; sens de l'humour toujours au taquet (les scènes de fusillade avec ces crânes qui explosent, ces gonzesses éjectées du sol)... Bref, c'est du fun à tous les étages, et on regarde ça en ayant envie d'applaudir toutes les trois secondes, ça fourmille d'idées, de petits détails hilarants, et de grandes inventions formelles. Le meilleur film de 2013, ça y est le best of est lancé. (Gols 21/01/13)
Bon ben je risque sans doute de faire mon rabat-joie sur cette action mais je me suis franchement ennuyé pendant bien 2h30... Hormis cette scène d'ouverture où plane un certain mystère, où l'on sent que sous le suave Waltz se cache un canardeur de première classe, où l'on sait qu'après un échange relativement cordial des poches de sang vont exploser... on va vite déchanter. Ouais, Tarantino trouve que l'esclavagisme et le racisme c'est mal, et il va te le faire payer à toutes ces pauvres brutasses de cul-terreux de texans et autres couillons du KKK (l'idée de la cagoule qui rend aveugle, oui c'est drôle, j'avoue) ; Waltz et Foxx tentent de jouer au plus fin et après avoir amassé moult rançons pour avoir dézingué des kilos de tueurs, ils vont se la péter romantique en allant chercher la gonze du black dans un champ de coton. Di Caprio est super long à la détente et sûrement un peu béta car il aurait pu remarquer que ce black qui lui rend visite et la servante qu'il possède ont tous les deux un gros R tatoué au fer blanc sur la joue : ils risquaient en effet d'être liés... Mais non il voit que dalle. Dommage car il nous aurait fait gagner une bonne heure s'il avait tilté tout de suite. Là on doit se taper des heures et des heures de discussion de salon où chacun tente de jouer au plus fin... Mon Dieu que c'est longuet et rarement piquant, le plus gênant à mes yeux, au niveau des dialogues.
Alors oui dans la violence Quentin va encore lâcher les chevaux (le corps à corps entre blacks qui se pètent les membres et se crèvent les yeux, c'est quand même pas vraiment fun...) quand il va s'agir de mettre en scène la violence et nous prouver qu'il y a bien plus de 3 ou 4 litres de sang dans un corps humain - chaque blessé en perdant bien dix par balle, balles qui viennent souvent finir leur course dans cette viande humaine qui jonche l'entrée. Le gamin Quentin ne s'est pas assagi dans ce domaine et il prend un malin plaisir à repeindre tout le hall dans cette bâtisse de sud de couleur sang - on pourrait presque y voir une métaphore dis donc. La fin se traîne méchamment, Tarantino enchainant les clips video les uns après les autres, laissant à peine un air finir avant de commencer une autre chanson - j'ai dû surement sommeiller car j'ai cru qu'il avait lancé enfin le générique. Ah non, le black n'a pas encore délivré sa belle et fait péter en éclat tous ces fumiers de blancs avec leur baraque. Tarantino écrit ses films avec une naïveté bon enfant comme s'il pouvait récrire l'histoire de l'Amérique ; c'est bien gentil, d'autant qu'il semble persuadé de l'impact de son cinéma... Malheureusement moi moins, même si je pense qu'il s'en remettra. La première déception de l'année ? Ah non, j'ai vu le WKW avant. (Shang 31/03/13)
Commentaires sur Django unchained de Quentin Tarantino - 2013
- Dure, Eve, car mon camarade est un grand fan (Boetticher, Ford, Hawks en particulier) de tous les noms que vous citez - surement plus d'ailleurs que de Peckinpah... Mais je dis ça, il est assez grand... Un peu de mesure, voyons, surtout. D'autant que le film peut durer 5 heures et avoir un rythme trépidant (La Cabane dans les bois - oui, bon...) et très court et chiant comme la pluie (un Leconte, au hasard) : faut pas tout mélanger.
- Ah oui, Eve, je suis assez grand effectivement pour trouver votre commentaire vraiment petit ! Me cherchez pas trop sur Boetticher ou sur Ford, hein, quand même, j'ai tout vu ! Cela dit, à mon avis, Tarantino rend plus hommage à Leone et Peckinpah qu'à Ford, j'ai l'impression.

Quant aux 2h44, je vous ferai la même réponse que Shang : rythme et durée ne sont pas synonymes. Un film réussi a sa juste durée, et celui de Tarantino l'a, de toute évidence. Les 3h30 de La Maman et la Putain, ou la minute de Je vous salue Sarajevo, sont des durées "justes", et les deux films ont un rythme impeccable. D'autre part, les "vétérans" pondaient eux aussi des films très longs quand ils le voulaient (Fleming, von Stroheim ou... Ford).
Je vous enjoins de parcourir notre sommaire (les entrées Boetticher, Ford (intégrale), Hawks, Wellman, et surtout le cycle western en colonne de droite) avant de nous lancer la pierre, Eve !
Sans rancune, hein. Vous êtes toujours la bienvenue pour nous mettre en question ! - Evidemment... je savais ce que je faisais, ben tiens, en lançant ça !

Evidemment que je suis allée moultes fois ouvrir vos entrées (si je puis me permettre ) et les ai même parcourues. Je devine donc assez bien à qui j'ai affaire.
C'est juste que ce gros abruti , au QI de bernard l'ermite, de QT m'agace et me rend hargneuse. Et m'agacent encore plus les dithyrambes, les laudations et autres "jubilations jouissives" autour du bonhomme !!!
Evidemment que la durée d'un film ne fait pas son rythme. Vous me dites ça à moi...
Même si, entre nous, Autant en emporte le vent ne vaudra jamais The Narrow Margin.
Et moi itou j'ai tout vu des Ford, des BB, Daves, King, et la clique...
Enfin, ce qu'il était et est possible de voir, bien sûr. - Dont acte, Eve dont acte. Votre pseudonyme hitchcockien fait passer sans problème votre colère anti-tarantienienne que je suis bien sûr loin de partager (j'aime tous ses films, à part peut-être le Boulevard de la Mort). Attention, aussi, je pense : Tarantino est peut-être pas super intelligent (quoi que... ça reste à prouver), mais ça ne l'empêche pas d'être un grand cinéaste. Si le QI élevé était la condition sine qua non du talent, on serait privé d'un paquet d'artistes, à mon avis, de Carpenter à Kaurismaki.

Nous sommes donc d'accord sur la durée et le rythme comme concepts différents... Que ne le ditâtes-vous plus tôt !
A vous revoir, Eve. - Pas sûr, sur le QI.

Deux minutes d'interview de Carpenter me permettent de dire qu'il a un super QI. Et son cinéma me le confime. Pas l'ombre d'un doute là-dessus. Il est fin.
Quant à Kaurismaki... l'aquavit à 85° décuple le sien, je pense, et sa finesse.
Le principal c'est le résultat, après tout.
Et franchement, quand je vois un film de Tarantino, je n'entends qu'un gros rire gras et épais par-dessus de grosses images grasses et épaisses.
Pas un seul gramme de finesse. - Je viens de voir ce Django Unchained et c'est très fun (je crois que c'est le mot qui convient le plus à Tarantino). Globalement d'accord avec votre critique à ceci près que je trouve que la BO tombe un peu à plat par rapport à d'autres de ses films et, plus important, j'ai un peu l'impression (depuis Kill Bill) qu'il nous sert à chaque fois le même film, à une autre époque et en des lieux opposé, avec quelques changeants motifs.

- Un réel moment de plaisir coupable devant ce Django verbeux et saignant, truffé de bons mots et de bons plans.

Une chronique sensiblement plus fielleuse de nos amis d'Il a osé comme contrepoint à vos éloges: http://ilaose.blogspot.ch/2013/01/django-unchained.html - Permettez-moi monsieur-s, je ne suis pas Française et je vais surement mal m'exprimer dans votre belle langue. Je lis toujours avec très grand plaisir vos critiques, mais ça alors, je ne suis pas du tout d'accord avec vous. Ceci n'est pas un spaghetti western. Ceci est une soupe quentininenne réchaufeé! Un colossal des banalités, une foire de cameos prévisibles et une belle léchée' des pieds aux allemands! (Bon c'est peut être pour se rattraper après Inglorious Bastards mais enfin, c'est force' et brrrr alors). C est lourd, c'est toujours le même truc sauf que une fois c est une nana avec sa veste jaune et une fois un black avec toujours la même tête et avec une jolie copine - jolie, jolie - mais mon dieu quelle mauvaise actrice! (Et si même cela est fait express alors excusez-moi, mais moi ça me fait pas rigoler!) Bien entendu, j ai apprécié' Christph Walz, mais la' aussi - d'autant la première partie du film est assez brillante et oui, un amusant 'spaghetti western', la deuxième est lourde et même si on essaye de compenser en ajoutant de la violence splatter a' volonté', bahn ça reste une soupe quoi!

- (Go) Gols est de retour, et il n'est pas content. Hubert Hubert, votre pseudo nabokovien n'y changera rien : considérez vous comme mon ennemi personnel pour cette insulte imméritée et scandaleuse.

Oh, et pis non, je renonce : je suis de retour et je vous salue, Hubert, pour ce joli petit mot de "catharsis pour les nuls" qui est tout à fait juste. Mais aussi juste soit-il, je trouve que le film de Tarantino est justement riche pour ça : il permet de se défouler par cinéma interposé, d'accepter une certaine crétinerie en toute conscience. Bien sûr que Tarantino n'est pas un intellectuel, mais c'est un putain d'exutoire, c'est drôle, c'est superbement réalisé, c'est spectaculaire et c'est moderne. Je maintiens mon admiration pour Django, définitivement.












Il fut un temps où, pour en raconter autant, et en dire plus, les vétérans qui savaient que la vie était courte, vous emballait ça en 76 minutes efficaces , concises et respectueuses du temps de leurs spectateurs.
On a bien noté que le genre western, pour vous, ça va de Leone à Peckinpah.
Les autres, les cons, les ringues, les mauvais, les Hawks, les Daves, les Ford, les Wellman, les Boetticher, les Dwan, etc, vous saluent bien et, hop, vous me mettrez trois pelletées de terre sur tout ça.