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C'est toujours un pied complet de se taper un Tarantino, que voulez-vous... C'est beau, c'est fun, c'est drôle, c'est dangereux et c'est cool. Avec ce Django unchained, on a en plus l'impression d'un film-somme, un bilan de tout le cinéma du compère depuis ses débuts, aussi bien esthétiquement que symboliquement, et c'est peu de dire que le plaisir est grand : voilà du cinéma total, du divertissement ++ qui garde toute sa foi dans les bonnes vieilles recettes, qui se moque des nouvelles tendances techniques et des scénarii à ficelles ; son seul but est de nous transformer en enfant ébahi devant notre écran, et le but est largement atteint.

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A la fois remake de Corbucci et relecture en bien meilleur du film de Miike dans lequel jouait Quentin (Sukiyaki Western Django), Django unchained est donc un western spaghetti, si on veut, qui se piquerait également de donner une vue de l'Amérique du milieu XIXème, et par la bande de l'Amérique d'aujourd'hui, tout en dressant un état des lieux de l'oeuvre tarantinienne depuis le début. Chacun des films du bougre est présent, dans les détails, dans les personnages : la fascination pour la torture de Reservoir Dogs, la tchatche et la violence de Pulp Fiction (appuyées par la  présence en clone inversé de Samuel Jackson, extraordinaire), le personnage principal de Jackie Brown (tout aussi taiseux, tout aussi noir, tout aussi opaque, Django représente à lui tout seul le cinéma de blaxploitation), la thématique de la vengeance et les excès chorégraphiques de Kill Bill, et surtout tous les motifs de Inglorious Basterds. Dès le départ, Tarantino fait le lien avec ce dernier, en présentatnt une "relecture" de sa scène d'ouverture : Waltz, haïssable de brutalité sirupeuse dans le film de guerre, joue ici exactement le même rôle, et exactement la même situation (désigne-moi celui qui se cache)... mais cette fois son dandysme, son élégance, sa tchatche raffinée sont au service d'un personnage positif. Magnifique de voir Tarantino revenir vers cet acteur pour en redéfinir entièrement la moralité, tout en en gardant les spécificités. Comme dans Inglorious Basterds, par ailleurs, il va s'agir ici, aussi bien pour les personnages que pour Tarantino lui-même, de régler par le cinéma un problème historique majeur : on butait Hitler dans le précédent opus, grâce à notre seule foi en le cinéma ; cette fois, on va régler son compte à l'esclavagisme, avec la même naïveté, le même premier degré. C'est sûrement ça qui est le plus touchant dans ce film : voir Django buter des méchants, et voir Tarantino réécrire l'Histoire comme un petit gamin.

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Le film est éminemment moral, entièrement indigné, d'une sincérité totale. En gros, il peut se résumer à : Tarantino trouve que l'esclavage, c'est moche, et il va donc faire payer les esclavagistes. Le jeu de massacre est jouissif, on retrouve les sensations du théâtre de Guignol, où les vilains se prennent des coups de gourdin. Tarantino a l'intime conviction, ça saute aux yeux, que le cinéma peut changer les choses, et son insolence est d'autant plus belle qu'elle est frontale : on passe du rap de gangsta, des hymnes de Woodstock ou des pamphlets de Johnny Cash sur des scènes de massacre où les Noirs butent des Blancs ; on multiplie les dialogues racistes pour mieux les faire exploser sous les balles ; on réemploie Jackson pour en faire un immonde esclave asservi à son maître ; on ridiculise les membres du Ku Klux Klan et leurs cagoules mal ajustées ; on massacre du raciste par paquets de douze. "Entends la voix des Juifs" disait Mélanie Laurent dans Inglorious Basterds en annihilant le nazisme ; "Entends la voix des Noirs" pourrait-on entendre ici. C'est le même esprit, à la fois bon enfant et profondément indigné, à la fois ludique et très sérieux.

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Comme en plus le film est un magnifique hommage au genre, de Leone à Peckinpah, et que l'habileté technique du Quentin n'est plus à prouver quand il s'agit de copier les motifs du cinéma d'antan, le spectacle est total. Mise en scène extraordinaire pour ce qui est du rythme, de la juste place de la caméra ; sens du dialogue et de l'étirement des scènes jusqu'à l'étouffement ; direction d'acteurs excellente (de Di Caprio en ordure complète à Jamie Foxx en héros mythique) ; cadres beaux à se damner (la puissance du 35mm, la beauté de l'écran large, avec lequel il joue là aussi en vrai candide (une porte s'ouvre, hop on change de format)) ; sens de l'humour toujours au taquet (les scènes de fusillade avec ces crânes qui explosent, ces gonzesses éjectées du sol)... Bref, c'est du fun à tous les étages, et on regarde ça en ayant envie d'applaudir toutes les trois secondes, ça fourmille d'idées, de petits détails hilarants, et de grandes inventions formelles. Le meilleur film de 2013, ça y est le best of est lancé. (Gols 21/01/13)


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Bon ben je risque sans doute de faire mon rabat-joie sur cette action mais je me suis franchement ennuyé pendant bien 2h30... Hormis cette scène d'ouverture où plane un certain mystère, où l'on sent que sous le suave Waltz se cache un canardeur de première classe, où l'on sait qu'après un échange relativement cordial des poches de sang vont exploser... on va vite déchanter. Ouais, Tarantino trouve que l'esclavagisme et le racisme c'est mal, et il va te le faire payer à toutes ces pauvres brutasses de cul-terreux de texans et autres couillons du KKK (l'idée de la cagoule qui rend aveugle, oui c'est drôle, j'avoue) ; Waltz et Foxx tentent de jouer au plus fin et après avoir amassé moult rançons pour avoir dézingué des kilos de tueurs, ils vont se la péter romantique en allant chercher la gonze du black dans un champ de coton. Di Caprio est super long à la détente et sûrement un peu béta car il aurait pu remarquer que ce black qui lui rend visite et la servante qu'il possède ont tous les deux un gros R tatoué au fer blanc sur la joue : ils risquaient en effet d'être liés... Mais non il voit que dalle. Dommage car il nous aurait fait gagner une bonne heure s'il avait tilté tout de suite. Là on doit se taper des heures et des heures de discussion de salon où chacun tente de jouer au plus fin... Mon Dieu que c'est longuet et rarement piquant, le plus gênant à mes yeux, au niveau des dialogues.

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Alors oui dans la violence Quentin va encore lâcher les chevaux (le corps à corps entre blacks qui se pètent les membres et se crèvent les yeux, c'est quand même pas vraiment fun...) quand il va s'agir de mettre en scène la violence et nous prouver qu'il y a bien plus de 3 ou 4 litres de sang dans un corps humain - chaque blessé en perdant bien dix par balle, balles qui viennent souvent finir leur course dans cette viande humaine qui jonche l'entrée. Le gamin Quentin ne s'est pas assagi dans ce domaine et il prend un malin plaisir à repeindre tout le hall dans cette bâtisse de sud de couleur sang - on pourrait presque y voir une métaphore dis donc. La fin se traîne méchamment, Tarantino enchainant les clips video les uns après les autres, laissant à peine un air finir avant de commencer une autre chanson - j'ai dû surement sommeiller car j'ai cru qu'il avait lancé enfin le générique. Ah non, le black n'a pas encore délivré sa belle et fait péter en éclat tous ces fumiers de blancs avec leur baraque. Tarantino écrit ses films avec une naïveté bon enfant comme s'il pouvait récrire l'histoire de l'Amérique ; c'est bien gentil, d'autant qu'il semble persuadé de l'impact de son cinéma... Malheureusement moi moins, même si je pense qu'il s'en remettra. La première déception de l'année ? Ah non, j'ai vu le WKW avant. (Shang 31/03/13)

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