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Le film idéal pour un dimanche après-midi vasouillard au moral hésitant : Kill Bill vous remonte tout ça en moins de deux, et je me suis retrouvé très vite en train de faire des kicks-balayettes à ma plante verte dans une chorégraphie assez convaincante. Comme d'habitude, Tarantino fait montre de sa grande crétinerie assumée, qu'il habille sous un talent pour le spectacle absolument effarant. Le film est en effet complètement idiot, son scénario tient sur un post-it (une fille veut se venger des gens qui ont voulu la tuer), son déroulement passe d'invraisemblances en absurdités, chacune de ses scènes est sidérante de premier degré... mais c'est exactement ce qu'on lui demande. On en aurait même voulu à Quentin de tenter de jouer aux intellos, tant Kill Bill est une pure jouissance d'ado, un bidule qui vous fait bondir dans votre fauteuil : plus intello, on aurait boudé le film.

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Tarantino recycle donc toutes ses vieilles VHS nippones pour nous servir un condensé du film de kung-fu(n), réalisant en fin de compte un film-somme du genre. Car il a cette façon incroyable de pousser chaque motif jusqu'à l'épuisement, jusqu'au maximum de ses possibilités : les combats de sabre sont menés jusqu'au bout du bout, dans des chorégraphies époustouflantes. Incroyable de voir comment l'espace est bien géré, utilisé dans tous ses détails : les escaliers, les valises, les chaises, les meubles, tout sert à se mettre sur la gueule, dans des feux d'artifice inlassablement répétés de bruits et de fureur. Un pur plaisir régressif : comment Black Mamba va-t-elle réussir à trancher la tête de 88 samouraïs armés jusqu'aux dents ? Ca ne va pas plus loin, et ça suffit largement à nous laisser bouche bée devant cet objet si virtuose qu'il en devient presque abstrait. Il y a quelque chose du pop-art dans cette façon de répéter à l'envi les mêmes scènes, dans cette manière de recycler du vieux pour en faire un objet contemporain, dans ce mélange des styles et des inspirations. Chez Tarantino, ça ne choque pas de voir une musique flamenco montée sur un combat de sabre japonais, ça ne choque pas de voir des incursions de dessins animés, d'être sans arrêt trimballés entre couleurs et noir et blanc, de voir subitement un personnage nous adresser un clin d'oeil, de passer du western au gore, puis du gore aux longues scènes dialoguées en deux secondes. Ca ne choque pas, parce que c'est fait avec une telle sincérité, avec un tel amour déclaré pour les films de genre, avec une telle conviction que toutes les idées, même les plus improbables, peuvent être fun, qu'on accepte avec bonheur ces pointes de goût plus que douteux. La maîtrise sera encore plus présente dans Inglourious Basterds, mais dès celui-ci Tarantino gère sa partition avec une virtuosité incroyable.

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Et puis il y a comme toujours cette façon unique de raconter, qui mélange comme dans Pulp Fiction les flashs-back et les flashs-forward, délaissant une action à son sommet pour dériver lentement vers une autre séquence avant de revenir sans prévenir au sommet de la première. N'importe qui, sur le papier, déconseillerait à Tarantino ces idées improbables : lui les fait avec une santé qui force le respect, et fait tout passer comme si de rien n'était. Comme en plus les acteurs sont glamourissimes (Daryl Hanah en salope borgne, Michael Madsen en cow-boy cruel, Uma Thurman toute en immédiateté, et surtout David Carradine, l'élégance incarnée) et qu'on écoute de bonnes vieilles chansons, on quitte les 4 heures de Kill Bill ravi, comblé, et convaincu définitivement de la grandeur de Tarantino.

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