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Anthony Mann n'a rien contre le mélange des genres et nous trousse un petit noir au temps de la Terreur, des Danton, Robespierre, Barras, Fouché et Saint-Just. On sent que c'est un peu cheap au niveau du budget (pour les scènes d'assemblée populaire, il a sûrement dû filmer les spectateurs cocardiers d'un match de foot et user ensuite de la transparence), mais on a droit tout de même à la présence d'un des grands maîtres au niveau de la caméra : Sir John Alton ; ambiance claustrophobique avec ces décors saturés de fusils à baïonnette, de livres, ces séquences avec des grilles qui enferment les visages dans un coin du cadre, ces gros plans démesurés comme si ces grosses tronches étaient à l'étroit sur l'écran... Si on cherchait à résumer ce Black Book en deux lignes, on pourrait simplement dire qu'il s'agit d'un combat entre hommes couillus (avec des ego souvent presque aussi démesurés que les valeurs que la révolution cherche à défendre) à une époque où l'on pouvait se retrouver un jour à la tête et le lendemain avec celle-ci faisant son chemin dans un panier ; il est également question d'un "petit livre noir" qui vient démontrer toute la versatilité du peuple, prêt à confier un jour tous les pouvoirs à un seul homme et l'accusant le lendemain d'être un dictateur... Un film plutôt moderne en quelque sorte.

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Mann semble se faire un plaisir de s'attacher aux "grandes figures" de cette époque qui semblent prendre les rênes après cette révolution dite populaire : le film commence avec un Danton guillotiné et un Robespierre triomphant et se termine avec la silhouette d'un Napoléon Bonaparte alors simple soldat qui semble déjà tirer des conclusions de cette période troublée... Les Robespierre et consorts (Fouché, Saint-Just...) apparaissent plus comme des politicards-mafieux qui traficotent en secret, trouvant des prétextes (le fameux livre noir) pour assassiner à tour de bras, cherchant constamment à diviser pour mieux régner... Face à eux, Charles d'Aubigny (associé à Barras) est le bon héros qui lutte pour tenter de renouer avec les idéaux de la Révolution. La véracité historique semble moins importer à Mann que le désir de recréer l'ambiance malsaine de cette époque (guère différente finalement que d'autres plus récentes...): boulangerie qui sert de vitrine au pouvoir, ruelle sombre où s'écoule en permanence les eaux usées, bouge où les nantis se dévergondent, prison où l'on croupit ; même lors de l'échappée belle de d'Aubigny à la campagne, l'ambiance demeure tendue comme un soutif de Miss Univers : bien aimé les trois petits gamins dans leur lit bordés au ras du nez (on dirait trois petits cochons effrayés) alors qu'un grand méchant loup survient dans la pièce... Ambiance très noire à la limite du fantastique avec ces faciès souvent déformés (par les maxi gros plans - visage "munchien" de Fouché - ou parce que les personnages s'empoignent à mains nues dans une lutte sans merci), seul le visage de la douce Arlene Dahl apportant ici ou là un peu de lumière dans ce monde de brutes... avant que celle-ci ne se retrouve d'ailleurs à son tour ignoblement torturée. Vrai film noir trans-genre, du titre aux règlements de compte à grands coups de guillotine vintage.

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