G17795_468734972Le trublion Pierre Carles s'efface pour une fois derrière son sujet, et il faut dire que le sujet prend suffisamment de place : le professeur Choron, sa vie son œuvre, ses blagues de cul salaces, ses provocations parfois incontrôlées et ses vrais-faux amis de Charlie Hebdo. Vrai plaisir que de re-voyager un petit coup le long de l’œuvre du vieil anar, vrai punk comme on n'en fait plus : c'est l'occasion de vérifier que la plupart des vannes du gars ne pourraient absolument plus passer aujourd'hui, que ce soit en presse ou à la télé. C'est raciste, misogyne, anti-handicapés, anti-bon goût, pour tout dire révoltant, et de ce fait délicieux, mais les mœurs ont bien changé depuis Hara-Kiri, aucun doute. En tout cas, on se tape franchement sur les cuisses à la découverte des inventions du gars, qui vont des meilleures (le cul-coquetier, amis de la poésie bonsoir, c'est pas mal) aux pires (ses provocations gratuites et gênantes contre Act-Up et les malades du sida). On sent bien sûr Carles jubiler à se plonger ainsi dans les archives de son compagnon d'esprit, et le film est sincère, réellement plein d'admiration.

wolinskyL'admiration, cette fois-ci, va presque jusqu'à un certain angélisme de la part de Pierre Carles, bien étonnant de sa part... Le dernier tiers du film par exemple, est franchement niais : on y voit Choron dans ses derniers jours revenir dans le village de son enfance et se livrer à une série de souvenirs larmoyants qui font perdre toute crédibilité à la première heure : consensuel, légèrement sénile, il apparaît comme un gentil pépé, et on le préfère franchement en punk. On veut bien lui concéder des choses la vieillesse aidant, mais pourquoi consacrer tant de bobine à cette pénible image du provocateur ? Et puis on préfère aussi quand Carles est plus polémiste, cède moins aux facilités. Ici, à part quelques attaques bien senties contre les anciens amis (Wolinski, Cabu et consorts en ressortent bien peu glorieusement, les gars sont vraiment gênés, ou même dédaigneux, quand il s'agit de réfléchir aux raisons pour lesquelles ils ont abandonné leur pote de jeunesse), à part une très belle séquence où Cavanna reconnaît qu'il a été un peu léger en suivant le troupeau et en coupant les ponts avec Choron, Carles ne dit rien. Il ne fait que réaliser un portrait, certes plaisant, du gars. On apprécie de voir Philippe Val et sa bande monter glorieusement les marches de Cannes, sur lesquelles Choron aurait sans doute pissé copieusement, et on frémit de voir combien le système a miné toutes ces anciennes figures de la contestation "bête et méchante" des débuts, mais on aurait aimé que le film aille les titiller plus en profondeur, les fasse "rendre gorge" comme sait le faire Carles parfois. On aurait aimé aussi qu'il prolonge le portrait jusqu'à l'après-Choron, qu'il s'en prenne aux nouveaux "provocateurs" en regard de ce que fut Choron, et qu'il réalise plus d'images à lui plutôt que de s'en remettre aux archives. Du coup, le doc est légèrement passéiste, un peu compassé, et se laisse bouffer par son sujet. Intéressant, mais pas du Pierre Carles.

vaisselle