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Même si Mizoguchi a apparemment pris de grandes libertés par rapport à la véritable Sumako pour en faire une film éminemment... mizoguchien (l'émancipation d'une femme dans cette société traditionnelle japonaise dominée par les hommes), ce film n'en demeure pas moins intéressant non seulement par le portrait inspiré de cette actrice interprétée par l'incontournable Kinuyo Tanaka mais également par la trajectoire de son mentor-amant : Shimamura (Sô Yamamura) ne va pas hésiter à quitter femme, enfant et travail - il est prof et metteur en scène de théâtre - pour se livrer à sa passion, ou plus précisément ses passions : cette jeune actrice et le théâtre européen moderne. Constituant une véritable troupe, il va devoir faire face au bout d'un an à quelques problèmes financiers. Pour parer à cela, il sera obligé de se lancer dans d'interminables tournées (au Japon, en Corée,...) qui vont se révéler exténuantes pour son actrice mais surtout pour lui. A sa mort, the show must go on, mais il tarde à l'actrice de le rejoindre...

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Mizoguchi joue des parallèles entre les pièces jouées sur scène et la vie de ses deux personnages principaux (de la rencontre des amants via Ibsen à la "mise à mort amoureuse" via Carmen) ; la dévotion de Sumako et de Shimamura à leur art permet de faire découvrir à leurs contemporains toute une nouvelle forme de théâtre. Outre les ennuis d'argent, ils vont devoir faire des choix radicaux dans leur vie privée : difficile pour Shimamura de laisser en plan enfant, femme et boss (même trois mille courbettes ne suffiraient point à se faire pardonner...), difficile pour Sumako de faire face aux constants jugements de leur entourage (même après la mort de Shimamura, il y a cette terrible scène où elle vient s'excuser auprès de la femme de celui-ci et cette dernière, ayant à peine un regard en sa direction, de n'avoir de pensée que pour Shimamura et les choix qu'il a faits). L'amour et les relations entre Shimamura et Sumako ne sont  peut-être que superficiellement traités, les plus belles scènes entre les deux ayant lieu... après la mort de Shimamaura (celui-ci sur son lit de mort, Sumako jouant sur scène la perte de l'être aimé, Sumako face à la photo de son mentor lui demandant en vain ce qu'il pense de son jeu...).

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On prend également un évident plaisir à observer la science du cadre de Mizoguchi et son jeu avec la profondeur de champ (Shimamura discutant de cette nouvelle actrice avec sa femme et l'un des ses proches (ce dernier, à l'arrière plan le soutenant, celle-ci, au premier, le jugeant) ; Shimamura se rendant la première chez Sumako et les deux, qui à la fin de la séquence n'osent se regarder, sachant pertinemment le choix crucial qui les attend ; Shimamura prenant congé de sa famille la tête sur le tapis sous le regard froid des femmes de la maisonnée...). Une oeuvre dans la filmographie de Mizoguchi que certains (dont lui même) jugent mineure, autant dire que ce n'est qu'un grand film.

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