untitledHome est un énième film sur les dangers du communautarisme et de la haine de l'extérieur, mais il est suisse, ce qui marque des points. En plus, il est plutôt joliment fait, Meier parvenant grâce à un ton très personnel à renouveler une thématique qui a fait ses preuves depuis le 11 septembre. Ca raconte une famille qui vit paisiblement sur le bord d'une autoroute désaffectée. Légèrement originale, elle fait sa vie loin des règles, tranquillement, jusqu'à ce que l'autoroute soit rénovée, isolant la famille du reste du monde irrévocablement. Chacun va se battre à sa manière face à cette invasion, mais tous sont unis dans la même conviction : dehors, c'est l'horreur ; à l'intérieur c'est mieux.

Joli thème (ne serait-ce que parce qu'il s'intéresse à ces gens qui vivent au bord des autoroutes : ça m'a toujours fasciné), et que Meier traite en deux temps : une première partie gentiment absurde, presque déjantée, qui fait virer le scénario vers une fantaisie bon enfant qui fait huppert_1mouche. Les personnages ont tous leurs petits travers barrés, et le tableau d'une communauté harmonieuse est très réussi. Scènes de vie dynamiques et mignonnes, petites mélodies de la vie de tous les jours assez fine. En plus, Meier garde une part de mystère sur cette famille : on ne sait pas qui ils sont, où ils vont quand ils quittent la maison, d'où ils viennent... Ils sont juste là, et vivent.

La deuxième partie, moins réussie, est beaucoup plus sombre. C'est toute une thématique de la claustrophobie que Meier décline, jusqu'au dérèglement mental. On perçoit petit à petit le vrai sujet du film (la peur de l'Autre), et le film opère un renversement assez spectaculaire. Jusque là on aimait bien cette famille ; elle devient inquiétante ici, par son refus de s'ouvrir au monde, par sa lutte exagérée pour l'indépendance. Dès lors, cette autoroute qui coupe l'univers en deux (d'un côté, moi, de l'autre les autres) devient un puissant symbole que la réalisatrice utilise dans tous ses aspects : paysages campagnards idylliques de l'autre côté, bande du milieu qui est comme un sas de vide (le gamin qui s'y promène avec un sriimg20081024_9851692_3tuba), figures anonymes qui traversent l'écran à toute vitesse. Le personnage de la grande fille, à moitié dans le camp familial, à moitié déjà à l'extérieur, sera le seul à franchir le pas, à sortir et à aller voir le monde. Les autres, derniers des mohicans d'un monde fini (très joli cadre en scope rappelant le western suivi d'un dessin tribal sur le visage du jeune garçon à l'aide de la peinture des bandes de l'autoroute), vont rester entre eux, en vraie communauté terrorisée.

C'est vrai que Meier a parfois la main lourde sur la fin pour nous faire comprendre ses symboles. C'est vrai également qu'elle a du mal à diriger ses comédiens, totalement en roue libre (mais avec Huppert et Gourmet aux manettes, il y a plus de peur que de mal). Mais malgré tout, Home est un film étrange, intelligent et savamment dosé, anxiogène et assez méchant au final.  (Gols - 21/06/09)


Histoire d'ajouter mon petit grain de sel, disons qu'on commence un peu dans un joyeux bordel genre famille Groseille sans la patine de la vulgarité, et qu'on tend vers la noirceur tendance Septième Continent... Le film d'Ursula Meier demeure tout de même relativement original avec ce fabuleux décor d'une baraque plantée au bord d'une autoroute déserte. Même s'il ne se passe pas grand chose au niveau de l'action, les  petits instants de folie douce home1qui rythment le quotidien de cette famille sont assez plaisants - Gourmet et Huppert, en plus, tiennent bien la baraque. Ensuite c'est un peu "l'Enfer, c'est les autos"... Le monde extérieur devenant infernal, le huis-clos familial tente de s'y substituer mais l'étouffement guette - belle scène où Gourmet, à la recherche de fraîcheur, dort, dans une baignoire remplie d'eau, avec un tuba. De l'autoroute envahie à l'autosuffisance, les dangers de suffocation demeurent finalement les mêmes. L'équilibre de cette petite vie "border line" en bordure d'autoroute est rapidement battu en brèche par ce déferlement de voitures qui ne cesse d'augmenter - un trop plein de civilisation (au moment des bouchons des vacances) qui finit par les envahir dans leur petite bulle. Gentiment absurde et cocasse au départ jusqu'à ce que la violence (impressionnant Gourmet) menace, l'univers de ce premier film de la franco-suisse Meier (je fais super gaffe maintenant sur mes nationalités...) vaut définitivement le détour - suivez la bretelle.  (Shang - 19/09/09)