Voilà le vrai film d'horreur que je cherchais depuis des années. Pas de monstres à la con, pas d'hémoglobine,sans_titre5 pas d'oeil arraché ou de blondasses terrorisées. Un processus affreusement précis, une rigueur de montage proprement insupportable, une manière d'installer l'horreur du quotidien très doucement... C'est absolument affreux.

Pendant la première heure, on ne sait pas ce que Haneke est en train de raconter : on assiste à une succession de gestes banals (faire du café, nourrir des poissons, laver sa voiture, faire ses lacets...), montés au cordeau, avec une image très "courte", très serrée, une mise au point trop claire sur les objets qui rappelle les grands tableaux hyper-réalistes (allez voir les peintures de Jacques Bodin, à ce propos). Mais petit à petit, par touches infinitésimales, le malaise s'installe, il y a une petite douleur comme dirait Harold Pinter : c'est une petite fille qui se gratte un peu trop violemment, c'est un cadavre allongé sur la route, c'est une larme inexpliquée, c'est une gifle qui part trop vite. On est tendus à mort, cherchant les indices d'une dégénerescence qu'on sent imminente.

Et puis pendant 45 minutes, c'est la logique de tout ça : la désintégration d'une famille, grand thème de Haneke (Benny's Video,7continent_400_1_1 Funny Games, Le Temps du loup, Caché). Alors ça devient absolument insupportable, quelque chose entre les expérimentations vidéo d'Absalon (allez voir aussi, tiens, surtout son truc appelé Bruits, en cliquant ici) et les films de Roy Anderson. C'est mille fois plus impressionnnant, sans absolument rien montrer, que n'importe quel film gore. Un poisson qui meurt doucement, une télé qui explose sous les coups de marteau, un téléphone qui sonne dans le vide, des râles affreux (je suis sûr que je vais en rêver cette nuit), et voilà un film marquant et inoubliable.

Haneke ne donne pas de solution, comme toujours. Il montre les effets, non les causes. Sa famille bourgeoise, banale, classique suffoque sous le quotidien, avec en point de mire cette image très étrange, qui apparaît 3 fois dans le film, d'une île houellebecquienne, 7ème continent qu'ils rêvent d'atteindre, source de peur, d'étrangeté, mais aussi de paix... C'est tout simplement immense, comme toute l'oeuvre de Haneke. J'ai attendu longtemps avant de pouvoir voir ce film glacial, contemporain et expérimental. Je n'attendrai pas autant de temps avant de le revoir 200 fois.