19067263_w434_h_q80Il faut avouer une légère déception dans ce nouvel opus. On frôle même le franc rejet dans les 20 premières minutes au moins, tant le film paraît laborieux comparé à son prédecesseur. Là où le n°1 jouait très habilement et très audacieusement sur la frontière entre parodie et hommage, le n°2 semble bien se fourvoyer dans la pure déconnade au premier degré, et on soupire. Le Caire nid d'espions était réussi justement parce qu'il osait copier presque textuellement la vieille série des OSS ; sans pratiquement rien changer, en décalant de presque rien l'esthétique des nanars des années 60, Hazanavicius était parvenu à un miracle d'équilibre, et à un discours au final assez renversant : réaliser un film raté, et faire rire justement de ce ratage. OSS 117 : Rio ne répond plus se plante de ce côté-là : le style s'éloigne vraiment trop des OSS 117 vieille école, et on tombe dans une moquerie facile, qui ne prend plus la peine de creuser le genre.

19017359_w434_h_q80Désagréable constat, que viennent malheureusement confirmer quelques gags très poussifs. On dirait que Hazanavicius a perdu la main : il ne sait pas où couper, perd le très bon rythme qu'il avait su obtenir, et du coup le comique devient lourd. Quelques plans laids, un Dujardin très perdu et ayant du mal à remettre la main sur la précision qu'il avait trouvée pour construire son personnage, deux ou trois vannes vraiment pas drôles, on grince des dents. On a l'impression qu'on ne veut plus nous faire rire de la connerie intrinsèque du personnage, mais de ses vannes-même, alors qu'elles sont lourdissimes. Ne plus faire rire contre le personnage mais avec lui, ça peut être un projet noble ; mais quand il est antisémite, misogyne et bas du front, on est un peu gêné.

19017355_w434_h_q80Heureusement, tout s'arrange, ou presque, par la suite. Si Dujardin est toujours aussi curieusement absent du film, les dialogues brillants refont leur apparition. Le premier opus pointait du doigt le racisme anti-musulman latent chez le Français moyen ; celui-là va plus loin, et vient rôder dans les eaux troubles de la collaboration ordinaire, avec son lot d'antisémitisme qu'on prend pour du bon sens et d'ignorance crasseuse de l'Histoire. Il y a quelques répliques franchement hilarantes par leur insolence, et OSS rivalise dans la crétinerie profonde. On jubile de le voir s'enterrer lui-même dans ses à-priori, justifier les nazis ou gronder les Juifs, mettre en doute la dictature brésilienne ou balancer des énormités sur les femmes, le tout dans une inconscience totale du monde qui l'entoure (à des hippies : "68 l'année de la jeunesse ? faut oublier, ça").

19067265_w434_h_q80Et puis, surtout, la mise en scène d'Hazanavicius retrouve petit à petit l'élégance passée, grâce à de très belles séquences à l'ancienne : une course poursuite en voiture avec des transparences années 60 très jolies (la fille qui tourne le volant dans tous les sens alors que le décor ne bouge pas), une scène d'avion impeccable, et surtout un final éblouissant, qui convoque non seulement Le Marchand de Venise de Shakespeare (le fameux monologue, ici rendu troublant puisque prononcé par un nazi), mais aussi le Hitchcock qu'on aime, magnifiquement restitué à travers quelques plans très beaux. En quelques secondes, on a la musique et le fondu-enchaîné final de North by Northwest, les escaliers et la résolution de Vertigo et la grande scène de Saboteur. Le tout dans une photo digne du maître. On ressort donc tout content de la chose, en se disant quand même que les gusses devraient s'arrêter là s'ils veulent conserver la magie, ce nouveau OSS faisant déjà montre de pas mal de faiblesses et de facilités qui font peur pour la suite. (Gols 16/04/09)


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C'est vrai qu'en dehors de quelques vannes qui fusent - politiquement incorrectes mais aussi parfois assez limite -, ce deuxième opus sonne un peu faux notamment lorsqu'il donne l'impression de reprendre, en plus faible et sans l'effet de surprise, exactement les mêmes recettes que le premier - la scène de danse, le combat (ouais le catch, cette fois-ci, c'est gentil deux minutes), les vrai-faux fous rires, les silences gênés et gênants, ad lib... En plus, après avoir vu les bandes-annonces à sa sortie, on a presque l'impression d'avoir vu, en 3 minutes, l'essentiel, et ça c'est quand même mauvais signe. On a beau garder une certaine sympathie pour notre gars Hubert, son racisme crasse de beauf français n'est parfois pas si "décalé" que cela et après avoir vu hier soir Gran Torino, je me dis que j'ai franchement eu ma dose d'insultes xénophobes "occidentales" faciles - d'autant que cela devrait sûrement conforter les Chinois dans une certaine défiance vis-à-vis de l'attitude générale de l'Occident par rapport à cette partie du monde (que cela soit fait avec une volonté autocritique ou avec humour, il n'en demeure pas moins, derrière, un fond de réalité un peu grinçant et c'est po sûr, qu'eux, voient beaucoup plus loin...). Bref. Hubert se lâche tout de même lors d'une partouze assez jouissive - et plus tard un peu honteuse pour lui-même, mais c'est là tout l'intérêt... - et sa cuisson du crocodile demeure un très grand moment de n'importe quoi dans ce second opus. Comme l'a noté mon camarade, Dujardin joue un peu trop sur du velours et ses pitreries rappellent plus certains sketches du type que ce personnage qu'il avait joliment dessiné et interprété dans le premier OSS 117. Une "licence" déjà éculée...? C'est fort possible et bien dommage, les films comiques français contemporains frôlant souvent plus le ratage total que ces petits bonbons amers O.S.Sime pleins d'absurdités libératrices... Un sursaut d'inspiration serait en tout cas bienvenu et salvateur si troisième opus il y a (apparemment déjà en développement...). (Shang  10/06/09)